CONTE ALGÉRIEN/LA PRINCESSE COLOMBES/VERSION COMPENSÉE BLIND HAUT PARLEUR

CONTES ALGÉRIENS
La princesse colombe
r
KU
N ROI puissant et qui faisait le bonheur de son peuple régnaitjadis sur une vaste contrée du Maghreb dont les limites s’éten- daient sur une grande partie de la côte algé- rienne. Son plus grand désir aurait été d’avoir un fils qui pût lui succé- der. Il avait pris un grand nombre d’épouses aucune jusquà ce jour n’ayait pu encore le rendre père. Il en était double- ment désolé, car outre les joies de la famille dont il était privé, il avait également souci d’assurer aprės sa mort létat de prospérité auquel était parvenu

son royaume par ses sages lois et lexcellente gestion Un jour qu’il était dans son jardin, délicieuse-
des affaires publiques.
ment assis à l’ombre des grands arbres qui y répan- daient une douce fraîcheur, un marchand juif vint à passer devant l’entrée. Il était porteur d’un panier
de pommes. Il criait, annonçant sa marchandise Qui veut acheter la ponme de naissance?
Vivement intrigué, le TOi s’était aussitôt levé Outre qu’en cette saison les pomnmiers ne portaient pas encore leurs fruits, 1’annonce du marchand ne
laissait pas de lui causer de la surprise.
Quelles sont ces pommes ? s’informe-t-il au
marchand.
Elles possèdent, lui répond celui-ci, une sin- gulière vertu: la femme qui en mange est assurée
d’avoir bientôt un enfant, garçon ou fille.
La plusjeune des épouses du roi avait également vint aussitôt et fit acquisition d’une de ces pommes
entendu l’annoonce du marchand juif, elle
Parvenue dans ses appartements, elle coupa ce
fruit en deux et en mangea une moitié.
Le roi s’étant rendu aux appartements de la reine vit ce quartier de pomme. La suave odeur du fruit autant que ses vives couleurs l’incitèrent à y porter la dent. Le goût était en rapport avec 1’appa- rence, il le mangea en entier avec un extrême plaisir. La reine était revenue, et comme elle aussi avait trouvé un goût excellent à cette pomme, son inten-

tion était de manger l’autre moitié Quel ne fut son mécontentement de voir qu’elle avait disparu. Son époux dut lui avouer sa faiblesse à résister à la tentation.
Le résultat ne devait pas être le même pour les deux. La reine s’aperçut bientôt qu’elle allait deve nir mère et, pour le roi, il lui survint à la cuisse une sorte de loupe qui devint bientôt très importante, ce dont il se trouva assez gêné. Cette excroissance de chair lui interdit bientôt tout mouvement et force lui fut de demeurer couché.
La reine mit au monde un garçon, ce dont le roi demeura vivement enchanté: cette naissance com- blait tous ses voeux. N’était le mal dont il se voyait atteint, il se fût cru au faîte de toutes les félicités humaines. Il avait pris consultation de nombreux médecins, mais aucun d’eux ne savait lui apporter de remède.
On lui avait vanté la profonde sagesse et lex- trême science d’un Maghrébien: cet homme vivait solitaire et habitait une caverne dans la montagne ille fit appeler.
Le Maghrébien vint. Après qu’il eut examiné
cette excroissance de chair
Nous avez, lui dit-il, mangé de la pomme de
naissance.
Le roi lui avoua qu’en effet il avait mangé la moitié de cette pomme qui avait produit sur la reine un si heureux effet.

Cette paonne poursuivit son vol au delà des limites du royaume. Là elle s’arrêta sur un arbre dont les branches s’étendaient au-dessus d’un abreu- voir où les chevaux du roi de cet autre pays avaient coutume de venir boire. La paonne, ayant trouvé le branchage de cet arbre propre à y habiter, s’y
arrêta et y fit son nid.
Nous l’avons dit, les chevaux du roi de ce pays étaient conduits journellement à cet abreuvoir. Les palefreniers avaient pu remarquer, non sans sur- prise, l’effroi dont étaient saisis ces animaux lorsqu’ils les y menaient boire, comme s’ils eussent aperçu au fond de l’eau une ombre dont ils demeu-
raient, de la sorte, effrayés.
Ces gens n’avaient pas manqué d’en faire rap port a leur maître. Le fils de ce roi dit à son pere Jirai à l’abreuvoir conduire les chevaux , il taut
que je sache ce qui les effraie ainsi. »
Le lendemain, il conduisit en effet les chevaux a T’abreuvoir. Il était monté sur l’un d’eux, 1 pu
à
alors apercevoir au fond de l’eau une image dont
Le Maghrébien avait apporté avec lui une Det caisse; il y prit sa trousse et à l’aide d’un te d’excellente trempe il fendit la tumeur: il nue extraire un morceau de chair vive. Mais tandis procédait à cette opération, une paonne, profitant de ce que la fenêtre était demeurée ouverte, s’intro duisit dans l’appartement. Elle se saisit de cette chair et s’envola, l’emportant avec elle.

demeura émerveillé. C’était une jeune fille d’une beauté dont nulle autre n’approche. Son esprit en demeura si troublé qu’il s’évanouit. On dut le rapporter privé de sentiment au palais. Il fut ainsi, durant l’espace de trois jours, entre la vie et la mort. Des médecins avaient été mandés. L’un d’eux, qui
joignait les pratiques de sorcellerie à la science médicale, dit au roi
Votre fils est sous l’influence d’une appari-
tion; l’image de quelque jeune fille lui est apparue, il en est tombé éperdument amoureux.
Il fit reprendre ses sens au prince.
Celui-ci, à peine fut-il debout, qu’il n’eut point d’autre pensée que de courir à l’abreuvoir. Il y revit l’image qui l’avait si vivement frappé, et pensant que cette personne se trouvait dans les branches de l’arbre il leva aussitôt la tête, mais il ne vit que le
nid de la paonne fit part de son noir chagrin. femme d expérience et de ressource: une settaut.
Il s’en revint désespéré auprès de sa mère et lui
Il faut, lui dit-il, que tu m’amènes une vieille
La mere ne savait rien refuser à son unique enfant, encore moins le pouvait-elle en cette occa- S1on, où il y allait de sa vie. Elle fit chercher cette temme et lorsqu’on l’eut trouvée, on la mit dans la
confidence.
Cette jeune fille, dit-elle, dont le prince voit Timage au fond de l’abreuvoir, est djaniia (fée). Elle

a été élevée par la paonne qui niche dans Parh celle-ci aussi est djaniia. Le juif qui a vendn pomme est un enchanteur, il nous faudrait concours. Je vous l’amènerai.
L’enchanteur juif vint, en eftet, on le conduisit à l’abreuvoir. Il avait avec lui son grimoire, après qu’il eut tracé nombre de caractères cabalistiques brülé des aromates et fait ses conjurations, la jeune fille fut transformée en colombe. Ele partit aussitôt à tire d’ailes en compagnie de la paonne, ce au grand désespoir du prince. Pourtant, le soir, elle
revint se percher sur les branches de l’arbre.
Durant sept jours l’enchanteur continua ses conjurations sans succès. La colombe partait au lever de laurore pour ne revenir que le soir se per- cher sur l’arbre. A la fin du septième jour cependant, on la vit quitter larbre et descendre à terre. Là, quittant sa forme d’oiseau, elle apparut sous les traits d’une beauté surnaturelle. Le prince en fut ravi. C’était bien elle qu’il avait aperçue au fond de l’abreuvoir. Il en fit le serment il n’en aurait point
d’autre pour épouse.
Il s’était marié précédemment à sa cousine, la fille de sa tante maternelle. Sa mère n’avait pas été sans remarquer l’indifférence qu’il lui portait elle lui en avait fait à maintes reprises de vils
reproches.
Mon fils, lui disait-elle, quelle vie déréglee menes-tu!Quand tu rentres, c’est pour aller t’enfer

mer seul, et lorque tu sors, tu enfermes ta femme.
Jamais tu ne passes un moment auprès d’elle.
Le prince demeurait sans mot dire et s’en allait errer à l’aventure. Il n’avait désormais plus d’autre pensée que d’épouser la belle djaniia. Il alla trouver
son père et lui dit
-Mon père, voici ce qui m’est arrivé. J’ai fait rencontre de celle qui, je le sens, doit faire mon
bonheur, je veux que tu me maries avec elle sans retard et que nos noces soient célébrées avec éclat. Le roi se rendit au désir de son fils; on fit les apprêts des noces, lesquelles se prolongèrent durant
sept jours et sept nuits.
La première femme qu’avait épousée le prince ne laissait pas de manifester la plus vive jalousie. Cette aversion était également partagée par la reine mère celle-ci ne pouvait voir en effet dans cette nouvelle épouse qu’une rivale dangereuse pour la
flle de sa soeur. Toutes deux n’avaient qu’un désir,
lui faire reprendre sa forme de colombe. Elles s’adressèrent à cet effet à l’enchanteur juif. Celui-ci
leur remit une épingle.
Quand vous serez ensemble, dit-il à la reine, vous ferez mine de lui essuyer le cou, la priant d’en- lever son mouchoir de tête afin que vous puissiez la peigner. Ce à quoi elle se prêtera volontiers. Alors gue vous serez à la peigner, enfoncez-lui cette épin-
gle dans la tête.
La reine, vivement enchantée et ne doutant

nullement du succès de cette machination, avot pris un visage rieur dont devait être trompée co dont on voulait la perte. Celle-ci avait consent enlever le mouchoir dont elle se recouvrait la tat et à laisser peigmer sa longue chevelure. Mais mégère, profitant de ce moment, lui enfonca pro
fondément l’épingle dans le crâne.
Aussitôt la princesse reprit sa forme de colombe
et s’envola à tire-d’ailes. Elle s’en alla ainsi jusqu’à un jardin qui appartenait au prince, son époux. Là s’élevait un arbre dont le branchage était si étendu
Le prince, à cette cruelle révélation, éprouva le
plus vif chagrin et peu ne s’en fallut qu’il ne retom bât dans sa sombre mélancolie, Afin de chasser 13 tristesse dont son âme était remplie, il avait rés0U
jardin; son intention était de le planter d’arbres on
de faire défricher un champ inculte avoisinant d’arbustes et d’en faire un lieu d’agrément. à cette intention. Ils s’étaient aussitôt mis à l’euv
Toute une équipe de jardiniers avait été requ
re.
qu’une tribu entière eût pu s’y abriter du soleil.
A son retour, le prince ne put que constater la Ma mère, demande-t-il, où est-elle donc? le penser, votre femme n’est pas faite pour
disparition de son épouse.
Mon fils, lui répond la reine, vous auriez bien
demeurer enfermée dans une maison: il lui faut le grand air et la liberté, la vie des bois et le séjour
des arbres.

Tandis qu’ils procédaient à leur travail, une voix se fit entendre à leurs oreilles. Cette voix semblait être
celle d’une jeune fille ; elle soupirait
Une pomme m’a fait naftre, la paonne m’a élevée, le prince m’a épousée, sa mère et sa première femme m’ont ensorcelée. En colombe ils m’ont Des plaintes et des gémissements se faisaient également entendre, ce dont ils se montrèrent vive-
transformée.
ment émus.
Une pluie abondante étant survenue en cet instant, ils durent aller s’abriter sous l’arbre aux branches étendues. Des éclats de rire retentirent
alors et subitement la pluie cessa.
Ils allaient se remettre à la besogne, mais de nouveau la voix se fit entendre à leurs oreilles, puis de nouvelles plaintes et de nouveaux gémissements, et la pluie, de nouveau, les contraignit de chercher abri sous le grand arbre, puis ce sont des rires et la
pluie de cesser.
Cela recommença ainsi tout le jour. Ils ne savaient que penser. C’est de la sorte, apeurés, qu’ils
allerent conter l’aventure au prince.
Celui-ci ne crut mieux faire que de s’adresser de
nouveau à la settaut.
La vieille femme avait été mandée. Elle dit u on ait à lui fournir un moulin à bras, une mesure
de blé, un crible, un plat de bois pour pétrir la påte et un poêlon pour la mettre cuire, plus encore une

Ma mère, demande-t-il, où est-elle donc ? Mon fils, lui répond la reine, vous auriez bien
dû le penser, votre femme n’est pas faite pour demeurer enfermée dans une maison il lui faut le grand air et la liberté, la vie des bois et le séjour des arbres.
Le prince, à cette cruelle révélation, éprouva le plus vif chagrin et peu ne s’ en fallut qu’il ne retom bât dans sa sombre mélancolie. Afin de chasser la tristesse dont son âme était remplie, il avait resolu de faire défricher un champ inculte avoisinant so jardin, son intention était de le planter d’arbres e d’arbustes et d’en faire un lieu d’agrément.
à cette intention. Ils s’étaient aussitôt mis à laeuv ise
Toute une équipe de jardiniers avait été requ
vre.
nullement du succès de cette machination pris un visage rieur dont devait être trompée elle dont on voulait la perte. Celle-ci avait consent: enlever le mouchoir dont elle se recouvrait la tê
it
et à laisser peigner sa longue chevelure. Mais la mégère, profitant de ce moment, lui enfonça ro- fondément l’épingle dans le crâne.
Aussitôt la princesse reprit sa forme de colombe et s’envola à tire-d’ailes. Elle s’en alla ainsi jusqu’à un jardin qui appartenait au prince, son époux. Là s’élevait un arbre dont le branchage était si étendu qu’une tribu entière eût pu s’y abriter du soleil.
A son retour, le prince ne put que constater la disparition de son épouse.

Drie, me montrer comment je dois m’y prendre
La colombe, toujours méfiante, n’eut garde de quitter sa branche.
La vieille, alors, se mit à pétrir la pâte, et pour ce faire elle avait retourné son plat de bois, usant pOur cette besogne du fond de l’ustensile. Elle fit ensuite ses galettes qu’elle mit cuire sur le dessous du poêlon retourné
La colombe, chaque fois, l’avait avertie de son erreur, sans toutefois consentir à descendre et venir Iui indiquer la véritable façon de faire.
La vieille prit ensuite sa cage; elle en cherchait Tentrée en tâtonnant avec ses doigts ainsi qu’eût pu faire une aveugle, mais vainement cherchait-elle cette entrée sans y parvenir. Désespérant d’y réussir elle se prit à verser d’abondantes larmes.
Combien, gémissait-elle, je suis affligée! Qui
me viendra en aide ?
La colombe s’émeut à la fin de ses plaintes, elle
vole jusqu’à elle.
La vieille suivait avec attention ses mouvements; la voyant à portée de sa main, elle s’en saisit et, ouvrant la cage dont elle avait su trouver l’entrée, elle l’y enferme et, courant vers le palais, remet cette
cage au prince.
Celui-ci, tout heureux de l’avoir en sa possession, la mit dans sa chambre dont il ferma la porte avec
SOin, en emportant avec lui la clé.
Cependant la reine avait été mise au courant

et ses ailes.
par la vieille; elle avait fait tabriguer une fausse cl
Elle put s’introdtuire dans l’appartement et ouvrant la cage, elle se saisit de la colombe qu’elle alla jeter
dans le réduit à charbon.
Le prince, à son retour de la chasse, vit qu on s’était introduit dans sa chambre et que la cage
était vide. Il alla trouver sa mère, lui demandant
ce qu’était devenue sa colombe.
Va voir dans le réduit a charbon, lui dit-elle ces oiseaux ne se plaisent qu’auprès des fourneaux
et à se rouler dans le charbon et les ordures.
Le prince courut au réduit à charbon ;il y trouva la colombe et la prit. Mais en quel état était-elle ! Ses ailes et ses plumes étaient souillées de la pous- sière du charbon. Il prit de l’eau chaude et à l’aide d’une brosse et du savon il put laver son plumage
Tandis qu’il procédait à ce nettoyage, il sentit sous ses doigts la tête de l’épingle qui perforait le crâne de loiseau. Il l’arracha sans hésiter. Ouelle fut alors sa surprise! Celle qui avait été ainsi trans- formée reprit aussitôt sa forme humaine il avait devant lui son épouse adorée. On peut croire à toute
la joie des deux époux.
La malignité de a reine fut alors mise au jour le roi, lorsqu’il apprit toutes les noires machina- tions de son épouse, entra dans une violente colère il ordonna qu’on la saisît et la fit enfermer dans un sombre cachot, ainsi fut-il fait également pour sa

nièce, sa complice en cette affaire, en attendant
au’on eût décidé sur leur sort commun.
Sur ces entrefaites, il arriva à la cour une dame toute resplendissante d’or et de diamants. C’était la mère adoptive de la jeune épouse du prince. Elle demeura quelque temps avec sa fille et son gendre, puis, un jour, elle reprit sa forme de paonne et s’envola. Elle revint souvent les voir sous cette même apparence humaine et toujours, en les quittant, elle reprenait sa forme de paonne.
La reine et la premiere épouse du prince eurent à subir un cruel supplice et à expier de leur mort la malignité dont elles avaient fait preuve à légard des jeunes époux.

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