art newspaper(2) du mois début version hp blind access….

THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Numéro 31, juin
12
News SUISse
PRES DE GENEVE, LE BATI FAIT CAMPAGNE
Conçue par Simon Lamunière, l’exposition «Open House lancée cet été dans le parc Lullin, à Genthod, explore la notion d’espace à vivre travers à l’architecture, le design l’art et l’action humanitaire.
cinq personnes dans un camp de réfugies. »
HOTEL CAPSULE ET ABRI POUR RÉFUGIÉS
Avec ses herbes hautes, ses chenes centenaires et son accès confiden- tiel au lac, l’endroit est lun des plus
Ce projet na pu se concrétiser bucoliques du canton de Genève. qu’en 2018, lorsque la commune Llun des plus courus des proprié- de Genthod, cherchant une idee taires de chien aussi, qui peuvent de manifestation culturelle pour ici lâcher la laisse de leur compa- égayer son été, s’est souvenue gnon. C’est ce cadre idyllique avec qu’en 1985 l’exposition d’art en vue sur le jet d’eau de Genève et plein air «Promenades » avait été le Mont-Blanc qu’a choisi Simon organisée au parc Lullin. Notre « Lamunière pour installer «Open base est ici, mais nous essayons de House», exposition d’architecture nous éparpiller dans les villages en plein air Levénement aurait dû alentour, comme Meyrin, Vernier remplir le pare Laullin, à Genthod, et Collonge-Bellerive, prècise Simon
Un peu plus loin, une maison
demontable réalisée par l’association Better Shelter et la Ikea Foundation montre à quoi ressemble le petit terrain encadré de murs. «Elle est en plastique et aluminium, mais est prévue pour devenir durable. Lerposition aborde le chapitre déli- cat du programme, révélant lécart eæristant entre la nécessitéet le besoin, cadre strict de lart contemporain entre ce que lon rêve d’avoir et ce quequeje pratique depuis plus de trente ton peut se permettre. La necessite,
Le refuge Tomneau de Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret revu et corrigé par les étudiants
ans minteresse. Jai toujours cher
a une quarantaine de båtiments Lamunière. Ily aura également des toutes Andrea époques, 7itel, signés Kengo Kuma, des Paquis accucillent un hôtel cap-
cest clairement quelque chose que les organisations humanitaires gèrent
ché à mofirir certaines libertés. Jai invité par le passé des créateurs de
dela HEAD-Geneve. e Baptite Conle
epnemeres, de toutes sortes et de
interventions à Genève. Les Bains
au jour le jour. Les réfugiés n’at-
micronations, des groupes ndlépen
Van Laeshout, Lang/ Baumann oupieds dans leau, pecut être réservéeog, mals u Jean Prouve. Comme partout dans le monde, la pandémie a mis un frein à ces ambitions.
nque, les pourla nuit. En jantvier 2022 seront
tendent pas qu’elles arrivent pour se dantistes suisses, des naturistes, que
jai ensuite mělés à des membres de | Des Beuys en cadeau Pluæus, des artistes voulant rap-
des problèmes juridiques,
Joseph Beuys (1921-1986) aurait eu 100 ans cette année. A cette
administratifs, sécuritaires et éco- nomiques urgents s’ajoutent à celui,
crposées à Artgenève les maisons
procher l’art de la vie. « Opem House
tsons
do-lt-yourself conçues par le desi-
occasion, Maja Oeri, descendante
entend insister sur le fait qu’il
basique, de l’hébergement. La ques-
de la famille des laboratoires pharmaceutiques Hiotimann,
neristepas une seule maniere d’ha- biter, mais des centaines.»
u dAngletere. Nous le ferons dans un second temps, en mai 2022. Pour
on de lhabitat va bien au-dela du
8 1970 et Doleo IT
toit et du confort.»
lustre suspendu à un ballon gonjle
En 1938, Charlotte Perriand et et ses deux fils, Hans Emanuel Pierre Jeanneret, tous deux fous et Melchior, ont fait don de onze de montagne, ont dessiné les plans vitrines de l’artiste allemand au dun abri idéal en plaques d’alumi- Kunstmuseum de Bäle, où elles nium percé de hublots. Démontable, étaient jusqu alors exposées en pret transportable à dos de mulet, le permanent. Réalisées entre 1949 reruge onneau devait servir d’es- et 1984, ces armoires contiennent Cale aux promeneurs. Il n’a jamais de petites sCulptures, des opjets
à l’hélium de Maurizio Cattelan mstant, no0us lançons leaposition et Philippe Parreno. A l’issue de ta
avec huit travaur de recherche issus des écoles genevoises d’art (HEAD) et du paysage (Hepia), les deur écoles
Foire, nous accrocherons celui-ct
avec vue sur lejet d’eau de Genève et le Mont- Blanc qui a été choisi pour installer « Open House»,
dans la campagne. »
Manière de dire qu’« Open Potytechniques de Lausanne et House», à défaut de pouvoir dévoiler
ahie
rutaires comme lOIM IO
un coup toutes ses cartes, adopte exposition d’architecture la forme de l’exposition i7 proB
[Organisation
mternatiomale pour les migratioma
et des reliques de certalnes performances de Beuys, Lee
Vu lejour «Avec les étudiants de la tiEAD, nous lavons réinterprété. ll est plus grand et équipë de pan-
ess.
« Etant plutôt spécialisé en art, jai constitué un comité de sélection ajn
en plein air. ARCHITECTURE DE NICHE
LHaut Commissariat
des Nations unies pour les réfugiés].
donation complète la collection déjà l’institution baloise. Es Prix Culturel Manor 2021
Cette première étape met en aodn Processus de fabrication, les maté- les étudinsnls
sède
eauæ solaires. Des gradins à lin- d’oeuvres de lartiste que pue accueillera diverses activites tout dui artistes laureats t
guges
que nous puissions répondre à tous l’architecture, le design et thumant
puissions Tr
comun que taire», reprend Simon Lamunière s a gérer au en pointant un rectangle de terre dégagé dans P’herbe, eIl mesure 1Art Basel dédióe a 17 m’, c’est le standard défini par l’ONU pour abriter une famille de
ereur en fönt une sorte dagora qui
COurs de se
nnette et son carré de terre remuée feraient facilement penser à un dispositif d’art conceptuel. Jai insisté pour avoir des cartels très précis, moi qui d’ordinaire n’en mets jamais. En cela, dépasser le
roet
explique celui qui
long de l’été. » la concepu
de
Les étudiants d’Alice (Atelier de
Brandes dimensions, dont Simon amuniere a été le commissaire
dans le
pieces de très
jeunes artistes sulsses domane des arts VS
e fédérale o
einta t vidéo
C pOlytechnique fédérale de pausseront eux une partie
1Suels
de 2000 à 2011. « L’idée d »Op
Lausanne P
Pu
aliser le débar
né en 1982
House m’est cenue à ce moment-la. Je travaillais cvec des aruvres impo- santes, parfois des objets dl’archi- ecture. A lépoque, les pavillons
et installations. Lalne par Philippe Nordmann, l attribué chaque u
ue leurs vacances à réaliser le débar- sculpture, photo8Tapie,
re et le radeau qui flotteront de cote du pare, sur la plage des s du Saugy, où est aussi installée
r un
T’autre
la buvette de l’exposition reteejury professionnel Cuivantes: en alternance Aard « meilleu terrasse genevoise de dans les villes stuv
Serpentine Co
Cialleries [Londres]
et les parcs architecturaur comne celui de Jinhua, en Chine, conçu
Bale, Bienne, Coire, Geneve,
lété».
pur
Lausanne, Lucerne, Lugano, Gall
tiel de conoergence, mais aussi d desig 2013 1
n Lamunière n’a pas oublié
L
les
leurs chien mait
de divergence entre les architectes, les
ormeront, avec Schaffhouse, Sion, Salnt
annee,
et Winterthour. Cette an
ne partie du public Wright a dessiné une niche. Jétudie la possilbilité de l’installer ici l’an
eses chacun (enviro les
«Open
pen House ». «Frank Lloyd
artiates, A traers ces cea, J at imaginé en 2012- Jet aulo1ur des héma- comstruction
six artist
(environ
15 000 francs
600 euros) correspondant a cette récompense. rs travauN eront ensuite exposés dans leus villes respectives. ll sagit de Gaia Vincensini à Genève, de Dornan Sari à Bâle, de Camilio Paravicini dans les Gnsons,
prochain, » EMMANUEL GRANDJEAN
re-e
nrynble Pprecise-t-il.
Open House. Session1: roeessus. Construire l’habitat ,
8mai-30 aoüt 2021, pare Lallin,
du Villagge, 1294 Genthod,
de Martina Morger à Saint-Graul de Judith Kakon à Schaflhouse et de Mathis Altmann à Zurnch.
Suisse, openhouse2021.ch

Juin 2021. numéro 31
13
THE ART NEWSPAPER EDITON FRANÇAISE
QUEL HERITAGE POUR L’EUVRE DE FARID BELKAHIA?
« Pour nous, précise l’artiste Safaa Erruas, lauréate des Beaux-Arts de Tétouan en 1998, ‘histoire de l’art moderne commence avec Belkahia. » Une histoire qui n’allait pas forcé- ment de soi à une époque où l’en- seignement académique n’avait pas encore intégré le geste de rup- ture accompli par la génération de Mohamed Melehi et Mohamed
Meryem Sebti, directrice de publica-
eLa découverte de la libre plasticité des arts africains lors de quelques voyages en Afrique subsaharienne T’amena à un traitement des surfaces proche de Iidéologie du mouvement Supports/Surfaces.»
que Farid Belkahia (1934-2014) se fonde sur le postulat selon lequel tout l’art contemporain marocain doit pouvoir partir d’tme fibule ou d’un tapis ».
tournée vers l’horiton méditer
ranéen, oriental et africain, ayant enrichi le patrimoine artistique tra- ditionnel et populaire marocain». Pour mieux saisir ce travail de réap- propriation culturelle, elle incite
a se souvenir «de ce quavait été le
discours colonial sur les arts et la culture dits indigènes ».
RECEPTION DE L’EUVRE Pour pionnière que füt la démarche du peintre, qui avait coutume de répéter que «le futur est la tradi tion de l’homme», sa réception a évolué avec le temps. Si lon a sou-
vent insisté sur son emploi de maté- riaux traditionnels tels que le cuivre ou la peau de bélier et le recours à des pigments comme le henné, le safran ou le cobalt, ils sont nom-
Pour autant, il serait anachro- nique de considérer la démarche du peintre sous l’angle d’une réappro- priation culturelle ou dune tentative breux aujourd’hui à réévaluer son de décoloniser les arts. La commis- saire d’exposition Fatima-Zahra l’accent sur son affranchissement Lakrissa insiste sur les méfaits d’une de la peinture de chevalet. Ainsi que telle illusion rétrospective: «ll est le souligne Michel Gauthier dans à mon sens primordial de ne pas le catalogue de la rétrospective au déshistoriciser certaines notions, Centre Pompidou, « Farid Belkahia. comme lappropriation culturelle, Pour une autre modernité », I’ar- la tradition, l’authenticité et le moderne, au risque d’em faire des cri- tères d’évaluation quipeuvent s’avé- rer normatijs. » Lexposition dédiée à la collection de Bert Flint actuel- termes, c’est le motif qui définit la lement présentée au musée Yves forme du support». Dificile de ne Saint Laurent, à Marrakech (lire pas établir de lien avec le mouve- The Art Neespaper Edition fran- ment Supports/Surfaces, en activité çaise d’avril 2021), rappelle la pri- à la méme époque en France. mauté du groupe sur les singularités créatrices. L’historienne d’art Toni de son travail a évolué, commente Maraini, enseignante à l’époque où également Toni Maraini, en suieant Belkahia dirigeait les Beaux-Arts de l’évolution de sa production elle- Casablanca (de 1962 à 1974), évoque une démarche de gTOupe raison- née, des recherches pionnières sur le Farid Belkahia, Sans titre, sd., terrain, une collecte de documents
geste plastique, en mettant plutôt
iste développe le plus souvent «des Jormes en volumes qui se tiennent à la frontière de l’objet bidimension- nel et sculptural. L..J En autres d
«ll me semble que la réception
A limage de Mohamed Arejdal. Amine El Gotaibi et M’barek Bouhehichi, de nombreux artistes contemporains marocains ereusent le sillon tracé par Farid Belkahia enpuisant au plus profond de leur terre, de leurs origines; en interro geant leurs territoires, la forme des objets, les questions de migration ou de nomadisme», souligne Meryem Sebti. Mais, ajoute-t-elle, «de mon
point de vue, ce quia moins fait dun Jean-Michel Basquiat». Un école est la formidable énergie que héritage décidément pluriel.
Belkahia avait mise dans le tra- vail manuel». Plus tranchée, Toni Maraini précise que «son alehi-
mie plastique LJ et son langage modernité», 19 mai-19 juillet 2021, iconique nont que Jaire des imita- Galerie d’art graphique, Centre tions, mais otfrent aur nouvelles Pompidou, place Georges-Pompidou, le 10 juin en compagnie de générations dartistes un horizon de 75004 Paris, centrepompidou.fr
lInstitut français, et des projets inédits aux Ateliers Sauvages et à la Villa Abdellatif. aR.
ereaton ouvert à une filiation ger-montresso.com minale». Lartiste Mohamed El Baz, ui sétait vu confier une Carte blanche par la Fondation Farid Belkahia (Marrakech) en 2018, continue à voir en lui un « activiste art room accueille en juin 2021 de l’art», quil n’hésite pas ratta- à les travaux de l’artiste visuel cher à «la position postcolonialeZiad Naitaddi, après une résidence
OLIVIER RACHET
«Farid Belkahia. Pour une autre
Maroc News
Biennale du design à Alger Initialement prévue en 2020,
la première Biennale algéro-
Le Centre Pompidou, à Paris, consacre une rétrospective l’ancien à directeur de l’Ecole supérieure des beaux-arts de Casablanca et met en lumière l’actualité de sa démarche artistique.
trançaise du design, intitulée désormais DZIGN 2020+1, se tient du 27 mai au 27 juin 2021 à Alger. Sous la houlette de Feriel Gasmi Issiakhem, la manifestation se propose de « réinventer la ville par le design». Au sein du parcours dans Alger, trois expositions sont an programme « Photographiez la cité de demain»
même, passée dans les années 1970 de la dimension d’un espace-cadre à une conception polymorphe de la surface et des Jformes moulées débordant lespace. » Et d’ajou- ter que « la découverte de la libre plasticité des arts africains dont il prit connaissance lors de quelques DOyages en Afrique subsaharienne fut très importante pour son auvre et l’amena à un traitement des sur- ces proche, par certains aspects, de lidéologie du mouvement Supports Surfaces . La plasticienne Safaa Erruas observe de son cöté le para- doxe d’une ceuvre privilégiant la matière, mais non dépourvue d’un ertain formalisme: <Parfois, ses Jormes ont une telle présence que cela
Pascal Konan à Jardin Rouge La Fondation Montresso présente <prochain arrêt ? » du peintre ivoirien Pascal Konan, exposition résultant de résidences successives aJardin Rouge. Sinteressant a la croissance exponenbele des mégalopoles atncaines,
Chebaa. «ll s’agit bien sür d’une figure tutélaire au Maroc, explique
ion du magazine Diptyk. Mais selon ce formidable paradoze plastique qui consiste à inventer la modermité marocaine post-indépendance avec de la peau et du cuivre.» Les artistes et professeurs de l’BEcole supérieure des beaux-arts de Casablanca esti- ment alors que la modermite gagne i se ressourcer auprès de traditions
e plasticien recycle des e-déchets issus le plus souvent de cireuits informatiques. Après les fanbourgs d’Abidjan, il montre jusqu au 15 juillet 2021 des vues plongeantes saisissantes de villes marocaines telles qu’Agadir ou Salé, hantées par des astres prêts à s’enflammer. O.R
Mobamed El Baz, Bricoler I’incurable. Detail, 2018,photographie. Courtey
devient très formel»
Mahamed 3 Raz, pheto Foaad Maa
QUELLES FILIATIONS?
Farid Belkahia, Infini 1970, cuivre. arid Belkahia
vernaculaires et de pratiques arti- sanales. Meryem Sebti explique
Post-résidence pour Ziad Naitad A Rabat, Le Cube – independent
pigments, henné sur cuir marouflé sur bois. e Farid Bellahia
hors les murs de plusieurs mois l’ayant conduit à finaliser son projet photographique Withered Green, Thrived Red, consacré aux questions des identités et des migrations. Point dorgue de la restitution: une confërence
Salima S. El Mandjra, enseignante
à l’Ecole nationale d’architecture de Rabat, suivie d’un open studio présentant photographies et installation multimédia. oR lecube-art.com
En Tunisie avec Jellel Gasteli
A Sidi Bou Said, non loin de Tunis, la Selma Feriani Gallery expose jusqu’au 13 juin 2021 les photographies prises par Jellel Gasteli en 1996 dans son pays natal. Vestiges archéologiques, scènes archaiques, déserts ou steppes : comme le commente Abdelwahab Meddeb dans le livre En Tunisie qui accompagne T’exposition, il s’agissait pour le photographe de retrouver les origines du paysage intérieur» et de traverser «les labyrinthes de l’eril». Pour la première fois rassemblées, ces images montrent quau ceur de lexil sied toujours un royaume perdu. oR.
selmaferiani.com

THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
14
Numéro 31. juin 2021
Grand entretien
FRANCIS ALYS, LA RECHERCHE D’UNE IMAGE
A loccasion de l’exposition «Dont Cross the Bridge Before You Get to the River» à la galerie David ! Zwim
à Paris, Francis Alýs raconte son processus créatif, en particulier le lien quil fait entre vidéo et peinture
La rue semble être l’un de vos matériauæ essentiels. Diries- vous que c’est la ville de Merico qui vous a conduit à devenir artiste ? Absolument. J’y suis arrivé en 1986 comme architecte, et c’est ma dif- ficulté à comprendre la ville, cette mégapole, qui ma poussé à cher- cher une méthode plus directe d’intervention. Plutôt que d’ajouter quelque chose, jai eu envie de reti- rer de la matière au tissu urbain, que ce soit par des interventions
Francis Aly’s, Untitled (Study for «Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River >), 2007-2008.
urtesy de l’artiste et David Zwirner
propre et jai été tenté de le déve- lopper ailleurs, en partie pour le renouveler et parce que je répon- dais à ces invitations séduisantes : T’idée de connaitre l’Afghanistan
Ou certaines parties du Moyen- Orient était extrëmement tentante
On cherche toujours à se retrouver
minimes dans la rue en réorgani- sant des objets trouvés, ou par des
dans des situations qui défont nos trucs de vieux magiciens… C’est qui fait que lon en vient à travailler avec des enfants dans les banlieues de Mossoul ou de Kaboul.. La seule manière de rester dans le vrai est d’observer, découter, de réagir aux situations que lon rencontre, plutöt que d’intervenir de fäçon volontaire.
oe
prélevements, comme avec ce petit
animal fait d’aimants que je trim-
ballais derrière moi. Je suis arrivé à Mexico par hasard, travaillant pour une ONG au lieu de faire mon ser- pu
vice n
taire – jaurais aussib bien
me retrouver en Chine ou en Bolivie
Cherehant à tracer un territoire dans
une zone déterminée de la vile, le
casco histórico, j’ai passé dix ans a
Comment êtes-vous arrivé à Gibraltar, oiu vous aver tourné Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River ?
essayer d’ètre un partenaire de cet
environnement. Et c’est par ce pro-
cessus queje suis devenu artiste, un phénomène de réaction à l’environ- nement tant culturel que physique.
Votre manière defilmer ces actions rudimentaires pourrait évoquer la définition que Gustave Flaubert donne de la poésie dans son Dictionnaire des idées reçues: « Est tout àfait inutile, passée de mnode». N’est-ce pas aussi pour vous un moyen de parler de politique, du sort des êtres humains, de lafaçom laplus retenue, la plus indirecte et, peut-être, la plus puissante? Henri Matisse a dit quelque chose de semblable, que, fondamenta- blables, comme commentateur ou en s dans les faits lement, la peinture ne sert à rien! C’était évidemment une manière dans le cotrat auquel est lié l’artiste puu de l’élever au-dessus de toute autre contemporain. C’est une posture que action t uT Chaque rne
«On passe son temps
Ce n’était pas une invitation juste-
justifier sa présence dans des situa- Ions auxquelles on nappartient pas forcément, à ouvrir une possibilité de dialogue, à lancer des ponts..
ment, mais le résultat dun autre projet que Javais entrepris avec les communautes de pecheurs de La Havane et de Key West. Javais l’intention de créer I’ilusion d’un
à ajuster le tir pour justifier sa présence dans des situations auxquelles on n’appartient pas forcément, à ouvrir une possibilité de dialogue, àlancer des ponts…» Quand vous avex choisi la vidéo pour vos premiers travaur,
Dans votre enfunce, le fait de devenir artiste pouvait-il étre une évidence? Mon père était magistrat, mais ma mère fait des gravures. Même si sa
C’est votre position d’artiste ?
C tout cas un processus pont entre les deux rives [Cuba et les dans lequel je me suis retrouvé au Etats-Unis ], ideologquernent oppo
carrière, elle, est discrète, ma mère l’a menée depuis notre enfance. Elle
sées depuis la fin des annees l950. Les nombreuses diseussions sur ient suscité des liens
onent de l’évolution du monde artistique dans les années 1990,
a développé son intérêt pour l’art, ou plutot pour la représentation, avec
Ous etions forts entre les communautés mexi- vraisem-caines et cubaines. Cuba est un
quand le rôle de l’artiste a explosé lembargo a
un crayon et une gouge. De plus, nous avons grandi dans un milieu
S dans des end Comme com
rural très isolé. Il fallait inventer sans cesse, faire des ponts ou des vous ont-ils inspiré? voitures avec trois bouts de bois pour J’avais deux sources d’inspiration activité, et Flaubert avait probab passer nos journées. Un vral stimu- principales: le personnage de ment aussi cette sensatio lant pour la création. Tant que nous l’enfant dans les films de François au-delà des choses communcs. assistions à nos cours a lecole et que iutlaut et sur les photos de Helen composante politique est un terrl nous étions là pour les repas, nous Levitt, et les premières vidéos de v1on chose qui revient dans mon proces- su
des artistes ou des
participant. Il y a une part absurde T’on peut décider d’accepter ou non, et je le dis sans essayer de justifier dialogue,
ment.
rèciproque prendrait place au
proposition, qui etait une image de nde frustrations
mëme i
Contrd- aliser,
contenart donc une CUt pou
La
un
Dour la re
j’ai dû inventer an mont une cond espèce cours de blufi de
à Aprés me concentrer la dizaine sur d’années le territore passées
mais que je ne retrouve
ouvent, il installait lui-méme
de mes projets, mais c’était
les cameras, tilmait de façon rudi-
as chez les enfants d’aujourd’hui. II
mentaire, sans fard ni dis
y avait un art du jeu… La pratique et tile. La situation était ce qu’elle était. l’invention du jeu ont certainement que ça marche ou non. Limportant beaucoup influencé mon langage était de la montrer et de l’enregis- artistique par la suite. Et, plus je vieillis, plus cette partie de l’enfance de moyens. Mes premieres vidéos reprend de l’importance.
de la réalité des endroits où i’ai tra-
de reproduire le même dispositit
vaillé, qu’il était inévitable d’inclure mme il était i d’inclure
senti que Javais
senti que javais trouvé un langage
des différences
able d’ine
degenre 13 nclure taines cultures ou l’intluence des
trer dans la plus grande économie sont assez influencées par ce choix simplement faire. Cest l’expérience
liées à cer- enseignements religieux. C’est l’un des multiples paramètres quil tant
parvenir a intégrer dans I’équatio
de ne pas trop analyser les choses, de et qu, eventuellenent, mènera à de savoir si l’on a touche quelque passe son temps à ajuster le tir pour
e lectu oblio Mais on peut se tromper.. On
mènera
meme de la performance qui permet
chose de sensible ou si c’est du bluff
pesatlo por e
Vue de l’eposilionde Prancs aln,
Wet Feet 1ry Feet. 1Sorders nad Games, Tui Kwun Coundemgporary Art, 28 octobre 2020-fiveler 202 CouredeFartiste es Dhavid Eir
224
Frsncs As eFem
Ab

THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Juin 202 umée 3
Grand entretien
Francis Alys, Don1 Croas the Bridge Before You Get to the Rioer, 2008, film. Courtesy de Fartiste et David Zwirner
emte la ire aicaine et la zive eue peenme da detreit de Gibealtar Le choix de e lien temat à sa dimen-
sn thoiingique (Bereule aurait par sa foce cuwert le passage entre a Meiteranee et LAtiantique) et
La peinture a toujours été un moyen de mettre de l’ordre dans mes idées. C’est un dérivé naturel du des- sin. Mes tableaux sont comme des images de livres pour enfants. Je pratique en même temps la peinture et la vidéo, qui se nourrissent Ilune l’autre dans un ping-pong perma- nent, y compris sur le terrain. Des images de fantaisie permettent de traduire tout ce qu’il est impossible d’exprimer en filmant la réalité. Dun point de vue plus terre à terre, la peinture finance mes actions per- formatives. Depuis 2002, jai arrëté de vendre mes vidéos qui sont en accès libre sur mon site. Mes pro- jets étant de plus en plus basés sur une complicité avec des communau- tés locales, il devenait éthiquement injustifiable de les vendre. Eliminer tout but lucratif a facilité mon rap- port à la collaboration, me laissant un luxe et une liberté énormes.
au t que cest par Eà que les pre
mies Bomo aficamus sont passés
em faant lenur chemin vers lhEurope
A Tarigineje wouilais trailer avee les eommanautés de pêcheurs de arifa et ceiles de Tager Dans ce pe de projet, en passe 95% da aemps en megoeabios et en cover sations logistiques et 5% en pro- cessus ereait, mais a forme Snale ésaibe de ces 95 % de comversa- tions. Tant da eöté espagnol que diu cötë maroeain, mon projet a ete eps à des fins poitiques locales: Mohammed VI [le zoi da Maroc] dieveloppait alors le mouwea port Tanger 2, et emtendait faie da poet ume allegorie dn progrs sous son pegime dictatorial En Espage, de pects oupes de mateux locaux emtaient aussi de nécupérer le pro- jet. Cest ee qui ma conduit à izvi er dies entants à particper pur la premiere fois à un de mes flms :ils woyaient tout cela comme un jeu, une ete iuelle de passage. Ceia a ete un toumant diuns ma production
la recherche d’une seule žmage
auæformes Jlottantes. Cela rgjoint vos actions du début, qui ont en commun de dessiner des traits, tracer un cercle, une ligne, presque graphiquement… C’est quelque chose de l’ordre de l’imageJantome, de la persistance rétinienne.
Comment est née la vidéo Color Matching, que vous avies montrée à la Biennale de Venise 2017 dans le Pavillon iraeien? On vousy voit peindre un paysage devant des chars dans le désert, puis brusquement tout
A
oette berté dont vou pariez Tavnis en pet meims de 50 ans,et je me sais dit simplement que Céait le mcment de passer le relais à une
Ilya en effet une logique derrière
Wucer. U me semble que nulle
toutes ces images… Je maperço1s que je travaille par cycles assez 1ongs.Jai travaillé dix a
part ailleurs dans votre æwre a
sur l’ima Mexico, mage du pont
à cepoint présente.
entre Cuba et le détroit de Gibraltar, Ce sont les circonstan ces… cinq ans en Afghanistan, cinq ans en Début 2016, javais été invité à tra- Irak, etjouvre à présent un nouveau vailler avec les enfants d ‘un camp chapitre. Filmer les jeux d’enfants de réfugiés yézidis, dans le nord dans différents pays est une manière de lIrak. C’était l’apogée de l’avan- très simple d’entrer en contact avec les habitants de ces endroits que je Moyen-Orient. Me retrouver, lors du ne connais pas. Je suis allé récem- ment en République démocratique
eniemtion plizs jeune. Javais ta- t
e avec des enfants apa
mas de maniere strictement doca-
mentaire Jai adore leur généro- site lors du toumage, et trouve tres emouvante la fagon dont ils se sont approprie le projet et dont ils ont mewentelhstoire.
cée de Daesch dans cette partie du voyage suivant, sur la ligne de front me semblait inévitable: comment
Francis Alys, 64 Shoe Boats, 2007-2008, techniques mixtes.
équipe -nous étions trois. Nous
leur parlions de personnages histo riques ahn de vor comment ils les réinterpréteraient. Toute la diffñculté
Courtey de Fartiste et David Zwirmer
travailler en Irak sans affronter la
du Congo, et jai demandé quels y retrouve en train de filmer une
elaseule manière de rester dans le vrai est d’observer, d’écouter de réagir aux situations que l’on rencontre, piutöt que dintervenir de façon volontaire.»
a été d’enchainer ces ditférents épi- sodes pour créer une narration dune heure. À la différence d’un roman policier, Ihistoire de lIrak est assez cyclique, les événements se suc- cèdent sans conclusion ni ouver- ture.. Le film a été réalisé en deux tournages. En octobre 2018, nous avons tourne une dizaine de jours avec un scenario qui a été rapide- ment éiminé parce que javais com-
réalité d’une offensive militaire? Cela revient au sujet du röle de Iar-
a eu principalement des garçons,
sont les jeux d ‘enfants. Je me suis
ages de 7 a 13 ans. Quand nous sommes revenus cinq mois plus tard
bande de gamins qui jouaient à une tiste témoin des contradictions de version locale du Mancala’. On com- prend tout de suite les codes locaux,
son temps et à l’image de la trans- formation de la bête humaine dans ont lu cette vidéo comme une défaite de la possibilité de représentation,
pour combler les trous enormes que comptait la narration, nous avons
ce qui est bienvenu et ce qui ne l’est des conditions extrêmes. Les gens pas, jusquà quel point les gens sont
présenté le first cut à cette petite
communauté de sept à huit familles (cent cingquante personnes au total).
tacite du jeu est à la fois un guide mais elle n’est, pour moi, qu’une et une référence constante dans la tative de faire coincider ma palette
prêts à vous oublier. La logique
dvez-cous truvaillé de la mëme mmaniere awee les enyanta que cour avex fait jouer dans cotre longmétragr Sandlines, the Story of History, tourné
Il s’est ensuivi un accord, tant de la
part des filles que de leurs parents, selon lequel elles participeraient au
de couleurs avec les couleurs de la
pris que les enfants raconteraient leur histoire d’une autre façon. Jai alors passé mon temps a rèécrire en
manière dont jélabore mes micro
second tournage. Cela a bouleversé lanarraton et a permis de mettre un
scénarios. La plupart de mes pro- scène. Cest tout. Cela suffisait àjus-
tifier ma présence en cet endroit à
ce moment. Une fois l’image obte- nue en tant que peintre, je pouvais
les choses ne sont pas dites, mais on sait quand on sort du jeu. À la
peu despoir a la in du hilm. Notre jets suivent un principe similaire
fonction de leurs propoSiDons. Cest meilleurs acteurs du monde, sinon
simple: sils s’amusent, ce sont lesdee etait de creer une conversation, qul sest developpee dans une autre
Iruk? C’était différent, car beaucoup
l’effacer, carj’avais atteint mon but: appartenir un instant à la scène que
difference de nombreux artistes qui ont une idée claire et la martèlent, je
Je n’avais jamais
reclonque ce qul etalt prevu… Etre désarmé pour pouvoir se réin-
j’étais en train de peindre. PROPOS RECUEILLIS PAR ANAEL PIGEAT
cest une catastrophe, et cela sgnine que le soénario n’est pas bon….
travaille à tâtons, avec tout le doute que me donne mon propre parcours Mon ami Cildo Meireles, dont le lan-
venter, c’est ce que l’on cherche… Le fait de recourir aux enfants mincite à renouveler mon langage. Leur
mes projets précédents, une seule
situation était mise en place et se
developpait, ce que Bruce Nauman appelait aa task to resoloe». Jétais
Avez-vousfarit des castings pour les choisir?
gage est aussi assez éclectique, dit que dans une vie finalement, nous avons deux ou trois idées, que nous passons notre temps à essayer d’ex-
1Jeu traditionnel africain consistant à déplacer des graines sur un plateau
enthousiasme est beaucoup plus
nant la mise en place de ces situa- ions, mais tres ouvert quant à leur vés dans le village à 16 h; à 17 h, diticile à trouver chez les adultes denouenment Ce filim irakien a fait nous leur avons demandé de dire naitre mon desir de commprendre leur nom et leur age devant la Dans la série Children’s Games, un siecle dhistoire de IIrak et l’en- caméra; à 20 h, nous avons choSt gu precede ceJfilm, qui vous y a
ties ciair et presque strict concer-
Pas vraiment… Nous sommes arn-
trous. à
plorer. Et il ya un facteur chance: certaines idées ont un potentiel infini, tandis que dautres atteignent«Francis Alys. Don’t Cross the
peud-etre condiuit, vous recueillex imagine à lafois
Bridge Before You Get to the River 27 mai-17juillet 2021, David Zwirner, 108, rue Vieille-du-Temple, 75003 Paris, davidzrwirner.com
même période. Je me suis aperçu de reconnaissance mutuelle. Dans la des images de gu s e u c c onde. On vous limitée de Thistoure de leur pays. son personnage, de LawTence d’Ara-
les rôles. Cela a été phutöt une sorte
plus rapidement leur limite.
nfants de commorendre la
tnographe,
Comment aves-vOus cOmmmencé la peinture ?
npeu comme Jean Rouch dans sea filma, et peintre à
bie au roi Fayçal, il y avait une libertë totale. Pour le premier tournage, ily
Cela a été un jeu dapprentissage
mutuel entre les entants et notre

THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Numéso 31, juis 202
Expositions
EN QUETE DES ORIGINES: SAVOIRS ET REPRESENTATIONS
Au musée d’Orsay, l’exposition «Les origines du monde. L’invention de la nature au xIx’ siècle» offre une plongée, une traversée, une expédition même, au confluent de l’art et de la science.
PARIS. Fruit de la collaboration entre les musées dOrsay et de l’Orange- rie, le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris et le musée des Beaux-Arts de Montréal, l’exposi- tion dont Laura Bossi, neurologue et historienne des sciences, est la commissaire générale explore le «long xIx siècle», de la Révolution française à la veille de la Première Guerre mondiale. Le «siècle de la science», selon le biologiste Armand de Quatrefages, qui vit la création, en 1793, du musée du Louvre et du Muséum, ce «LouUTe des sciences naturelles», comme le qualifiera l’un de ses directeurs, le chimiste Edmond Frémy, dans les
à la veille de la catastrophe, bien réelle cette fois. Conduisant du
Gabriel von Max, Gruss (eingr eu bouquet), 1901-1915, huile sur bois,
mythe à l’histoire, le parcours se clôt par deux allégories mises en regard, Pouvoir aveugle de Rudolf Schlichter (1932-1937) et Nature ou Abondance de Léon Frédéric (1897), sagit de penser par l’image la nature la destruction face à la plénitude mëme de l’art, c’est souvent sous
The Jack Daulton Collection. The Jack Danlton Collection
porain des origines ». Et quand il
ANG
– les deux visages de I’humanitė qui ne cessent de s’affironter.
les traits d’un singe – si proche de
Thomme-que les peintres se repré- sentent, affrontant avec autodérision et étonnement tant l’imitation que
LINVENTION DE LA NATURE Si les origines, quelles qu’elles soient, sont l’objet de toutes les curiosités,
lanimalité en eux. Nombre d’aæuvres sont ainsi traversées d’interroga- tions sur la place de l’homme dans la nature, particuhèrement au sein du règne animal, àlinstar des portraits
c’est qu’en elles, il s’agit de trouver des explications, et particulière- ment à la création. On croise ainsi un imposant plâtre de Paul Richer de singes de Gabriel von Max avec qui représente Le Premier Artiste leurs effets de miroir, des seulptures (1890)-un bronze se trouve au jar- d’Emmanuel Frémiet et du Rapt à din des Plantes – sous les traits d’un läge de pierre de Paul Jamin (1888), homme de l«âge de la pierre tail- lée» sculptant une figurine de mam- stupéfiantes hybridations modelées mouth à l’aide d’un silex: l’artiste en dans le grès par Jean Carriès a modelé la tête à partir d’un crane d’homme de Cro-Magnon, faisant nous ?», reprise par Paul Gauguin, correspondre le reste du corps à des les réponses sont multiples. canons anatomiques classiques et figurant un geste qul, cu ta gages, ne peut etre que calqué témoignages, que la précision de ce qu’il produit. Lmagination comble les manaues pour inscrire l’art au pr
annees 1880.
Siles origines, quelles de toutes les curiosités, trouver des explications,
qurelles soient, sont Iobjet
sances acquises aux confins du 1901-1902, encre de Chine et lavis
ubn, LfHeure de la naissance,
cest qu’en elles, il s’agit de
innervés de bestialitė, ou encore des
monde connu et a la lumiere des
sur papier, Leopold Museum, Vienne. Eberhard Spangenberg/1.eopold Museum,
premières manifestations de la vie, des organismes les plus simples aux créatures préhistoriques, et
et particulièrement à la création.
Vienne
A la question« D’où venons-
quand l’art puise dans la nature William Turner qui, dans Le Soir du Déluge (vers 1843), fait dispa- raitre scène et narration au profit
SCIENCE, MYTHE ET HISTOIRE
au sens large des visions plus ou
Au hl dun parcours chronothéma- tique, l’aventure se déploie en paral-
moins étonnantes, comme autant de motifs pour la transformation,
Certaines s’élaborent à pa lulaires et des milieux dans les- Odilon Redon, Emile Galle, mais
ele et savere iche en croisements, démontre la confrontation d’un
non seulement de son répertoire, mais aussi de ses moyens d’expres- sion ou meme de sa conception. On relève ainsi trois interprétations
peu
atmosphérigues ot
des mouvements agitant la matière que la précision de ce qu »
mportant cho
d ouvres avec les écouvertes scientifiques contem-
enfin celle de Vassil Kandinsky (Sans titre [Déluge 1. 1914), agencement dynamique de couleurs et de lignes traduisant une
du Déluge: celle de Filippo Palizzi poraines qu’elles participent à leur Après le Déluge, 1864) qui, avec
également Claude Monet, asso-
diffusion en reitituant la diversité des phénomnes observés, qu’elles y puisent les fondements et la garantie de leur realisne ou, au oontraire, y
ine de Vaventure humaine et les lier dans une histoire si longue quc permet à Gustave Flaubert, lecteur dErnst Haeckel, de faire dire au dieu Oannès, dans La Tentation e saint Antoine, qu’il est «le cOc
une profusion de details, met en scene un échantillon le plus large possible du règne animal; celle de
torme le vivant, celle des moyens propres de la peinture, celle de l’esprit aussi et des sentiments,
ments et habitės de formes simples ndéterminees. Les
Sur la foi de vestio qu’enfin, dus ou de théories, elles daborent
plus ou mou
en
La lèntation de manifestations élémentaires signent
des representations de formes de vie primitives, disparues ou inacces- sibles à laeil. Tandis que le comte de Buffon, Jean-Baptiste de Lamarck, Georges Cuvier, Alexander von Humboldt, Charles Darwin, Ernst Haeckel et bien d’autres fondent la cOmpréhension moderne du monde en recherchant les origines -dans la biologie, la géologie ou la paléon- tologie-, les artistes tels Eugène Delacroix, Caspar David Friedrich,
aussi un au-delà du visible que
Hilma Af Klint ou Piet Mondrian
marquent au sceau de l’ésotérisme
et de la spiritualité. Dautres entin
Sinspirent de la génération et de la
Sexualité, comme Gustave Courbet
pour LOrigine du monde 66):
place à côté de La Coqu
lon Redon (1912), celle-ci deplo
melles
tout un monde d’analogies tor
autant de sous-
William Turner, Emmanuel
ntendus e
e le sexe dans son crue à la beauté naturelie
hatomie c.
Frémiet, Gustave Courbet, Alfred
et à ses puissants artifices.
Kubin, Odilon Redon, Emile Gallé
,Du début à tée par la science et par
ou Frantisek Kupka en inventent les représentations.
sei, la nature inven du
structurel et source a e
Telle est l’histoire racontée ici :
quand, au récit mythique de la ilippo Paliizzi, Apris le Délug, Maseo di Capodimonte, Naples.
ent, tandis que le mond dessiné, en s’étendant sans cesse livre la fragilité de ses prec equilibres. GUITEMIE MALDONADo
ains
1863 ou 1867, husile sur toile,
ux
Oirii
Imnges Lad -Arnbe
Les origines du monde. L’inventio
de la nature au xIxt siècle », 19 ma 18 juillet 2021, musée d’Orsay 1, rue de la Léglon-d’Honneur, 76007 Paris, musee-orsay.fr

LE SALON DU DEsSIN CONTEMPORAIN
DRAWING NOW
PARIS
ALTERNATIVE 14 EDITION
alerie Alain Gutharc, Paris Galerie Anne de Villepoix, Paris Galerie Anne-Sarah Bénichou, Paris
Archiraar Gallery, Bruxe lles Backslash, Paris C.A. Contemporary Fine Arts Vienna, Vienne
Galerie Jean Fournier, Paris Galerie 8+4, Paris Galerie vachet-delmas, Sauve Galerie. Claire Gastaud, Clermont-Ferrand G alerie Laurent Godin, Paris. Galerie Jsab etle G.oun odParis Patrick Heide Conte mporay Art, Londres. GaterieJLrike Hirobsky, Vienne Huberty & Breyne Gallery, Paris Galerie Catherine Issert, Saint-Paul de Vence Galerie Bernard ordan, Paris Galerie Lelong & Co., Paris Galerie Maia Muller, Paris Galerie Martel, Paris
Galerie C, Neuchâtel et Paris Espace à Vendre, Nice Les Filles du Calvaire, Paris
NODaomeRedsnoLuxem bourg Galerie Oniris Florent Paumelle. Rennes Galerie Papillon Pari5 Galerie Catherine Putman, Paris Galerie Ramakers, The Hague
Galerie Maubert Paris.Maurits.van de Laar. La Haye Giles Drouault, galerie / multiples, Paris
Galerie Jean-Louis Ramand, Aix – en-Provence Xippas, Paris
Semiose, Paris
DU JEUDI 10 AU DIMANCHE 13 JUIN 2021 LIEU ALTERNATIF
42 RUE DU FAUBOURG SAINT-ANTOINE, 75012 PARIS
SUR INVITATION ET RESERVATION www drawingno wartf air com info@ drawingnowartfair.com
@drawingno wartfair
pRAWING DRwiNG DRWNG RAN ntrEss artnet
B sOFERIM@PRA
oA CULTURE
LOeil Quotidien ROVEN
THE ART NEwSPAPER Che Drawer
les.NiS
BeauxArts onnaissance esse etapes:
de IArt
Magazine PesirUS

THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Numéro 31. juin 2021
18
Expositions
LA BOURSE DE COMMERCE, SOBRE ET PUISSANTE
Ily avait des mois, même des années que l’on attendait l’ouverture de la Bourse de Commerce – Pinault Collection. Un événement qui va remodeler durablement le paysage de l’art à Paris.
P
Vue de l’exposition « Ouverture », Bourse de Commeree- Pinault Collection, Paris, 2021, avec les aeuvres d’Urs Fisecher. Courtesy de f’artiste et Bourse de Commeroe-Pinanlt Collection.
Tadao Ando Architect &Associates, Niney et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine Gatier. Photo Stefan Altenburger
PARIS. Cette ouverture a donné son à l’arrière-plan un grand Jugement
dernier surplombant un monde en
nom à l’exposition inaugurale,
décomposition.
tourmentées de Tatiana Trouvě, la visite s’achève par un étage consa- cre a la peinture contemporaine, à travers un choix resserré de dif- férentes générations d’artistes. Une première salle est consacrée à dimmenses portraits de Rudolf Stingel qui laissent surgir lextraor- dinaire presence de sa penture. Peter Doig, Marlene Dumas, Kerry James Marshall et Luc Tuymans apparaissent ensuite, parmi les plus grands de leur generation, peu ou jamais exposés en France. Les des- sins de Miriam Cahn continuent à émerveiller. Puis vient la plus
accrochage éblouissant d’un choix
Après ces euvres monumentales,
d’æuvres fait par François Pinault
« Ouverture» joue avec les tonalités
lui-même dans sa collection, avec
et les échelles. Les commissaires
son équipe rapprochée, composée
0nt essaimé quelques malices qui
de Jean-Jacques Aillagon, Martin
attirent les yeux sur le bätiment, et
Bethenod, Caroline Bourgeois et Matthieu Humery. Les noms des allègent la dimension dramatique de artistes retenus avaient été soigneu- ces premières aeuvres-ou bien l’ac- sement tenus secrets jusqu’aux der- centuent. Non loin de la librairie, un niers jours. Tout juste les drapeaux petit bruit: le bégaiement de la sou- argentés des frères Bouroullee, qui ris de Ryan Gander qui crie «1.. 1. voulu montrer que la collection se Vue de l’exposition « Ouverture», ont dessiné le mobilier intérieur, 1., appelant les passants depuis developpe aussi la 0u on ne lattend Bourse de Commerce- Pinault attisaient-ils l’impatience des visi- le bas d’une plinthe. Et, lorsque lon
Collection, avec les aeuvres de
directeur general delegue de lalDavid Hammons. Courtey de l’artiste Bourse de Commerce.
pas, explique Martin Bethenod,
et Bourse de Commerce- Pinanit Collection ©Tadao Ando Architect &eAssociates, Ning et Marca Architectes, Agence Pierre-Antoine
leve les yeux pour observer la cou- pole, ce sont les pigeons de Maurizio
teurs depuis quelques semaines aux abords immédiats du lieu.
DIALOGUE ENTRE LES ARTS L un des gestes majeurs reside Gatier. Photo Aurélien Mole
Cattelan, Others, dont on croise le
Ando, le bätiment se révèle magnifi- regard. Ils sont diserètement per- quement, servant les ceuvres et servi chés sur la corniche du balcon, par un accrochage dépouillé. En comme ils l’avaient été en 2017 à la dégageant la verrière et les espaces Monnaie de Paris, présence à la fois
Entièrement repensé par Tadao
dans la présentation du plus grand ensemble de David Hammons jamais montré en Europe. Datées des années 1960 à aujourd’hui, ces euvres sont comme une exposition dans l’exposition, hommage à cette
jeune géneration, des artistes par
évoque plutôt la photographie plas- ticienne et la Pictures Generation, avec Richard Prince, Louise Lawler et Sherrie Levine.
fo1s deja connues, en palrticc Boakye, et des découvertes, comme
Claire TabOuret et Lynette 1ladO
tendre et inquiétante. Tout autour de la rotonde, Bertrand Lavier a quant à lui investi des vitrines en bois d’une rétrospective facétieuse en vingt-quatre stations, avec figure du Black Arts Movement, Thumour et la force conceptuelle
environnants, larchitecte japonais a réussi la gageure de remettre en
Ser Serpas exposée à la Punta della (2019), Florian Krewer et ses noc- turnes mys térieux, la Chinoise installée à Paris Xinyi Cheng et le Brésilien Antonio Obá. Sur eux veillent les figures magnifiques de
lumière cet édifice patrimonial dont on découvre les volumes et les pein- tures fraichement restaurés. Ily a
Dogana dans cLuogo
Ponctuée par The Guardians,
des sculptures de plus en plus
lun des artistes américains les plus rares. Il donne la vision d’un monde fragile et meurtri, et nous guide lui- même, à travers un film dans lequel la mort
composé un lieu complètement neuf en insérant un cylindre de béton qu’on lui connait. Premiere mise en au centre de cette construction de abyme, une vitrine dans une vitrine la fin du xVIt siècle et en aména- ouvre la ronde réjouissante de ses geant les différentes galeries qui chantiers, de jeux formels en jeux T’entourent. Quelques cimaises des- visuels. sinent l’espace, toujours a quelque
il se met en scène, jusqu’à la recons- titution d’une cellule du couloir de
Lépilogue réunit au sous -sOl LExpédition scintillante de Pierre Huyghe revisitée pour locas1On, laæuvre Mont Analogue de Philippe Parreno à l’extérieur, et la délicate installation musicale de Tarek AtOU clöt le parcours par un dialogue entre les arts. La voix sobre et pus sante de la Bourse de Commerce
Thomas Schutte.
de la prison de San Quentin aux Etats-Unis. Minimum Security,
Quelques cimaises dessinent l’espace,
une euvre qui n’avait jamais quitté l’atelier de l’artiste, dialogue avec la Bourse de Commerce, son histoire, ses liens au passe colonial de la France – des sessions de recherche ont été lancées à cet égard, notam- ment sur l’iconographie des pein- tures de la rotonde datant du KIX° siècle.
distance des murs, ce qui crée une atmosphère de légèreté et de fluidité singulière.
toujours à quelque distance des murs, ce qui crée une atmosphère de légèreté
TENSION DRAMATIQUE ET MALICES En resonance avec Tepoque,
Ouverture» est placée sous signe le d’un humanisme som avec retenue. Ce constat simpose d’emblée, dans la rotonde baignée de lumière, à travers la majestueuse sculpture d’Urs Fischer, réplique en cire de LEnlèvement des Sabines de
et de fluidité singulière.
pris sa place singulière à Paris. ANAEL PIGEAT
Parcourir ce lieu, c’est aussi voya-
D’une tonalité plus intime mais
ger dans le temps des expositions organisées par la Collection Pinault au cours des quinze dernières
non moins forte, la seetion consa- erée à la photographie aborde les questions relatives aux corps, à la
« Ouverture », 22 mai-31 décembre 2021, Bourse de Commerce- Pinault Collection, 2, rue de Viarmes, 75001 Paris, pinaulteollection.com
Giambologna, qui commence lente- années, à Veise et dans divers ment à fondre et à disparaitre, vanitélieux hors les murs. On y recon- des vanités ou image de la méta- nait les familiers de la maison, et le ton est à la retenue: «Nous avons hoisi de ne pas eaper tes artistes
mise en scene de soi et à la décon- struction des steréotypes, à travers
six artistes des années 1960 aux
Tnorphose. A quelques pas de là est aceroché l’immense tableau lef plage comne ici-bas de Martial Ra artiste que François Pinault défend depuis de nombreuses années. Les visiteurs sont ainsi accueillis par une foule aux couleurs acidulées, mais plus acides que douces, avec
annees 1980. On retrouve Cindy que l’on aurait pu sattendre à trou- Sherman, Michel Journiac avec
ses 24 heures de la vie d’une femme ordinaire, mais aussi, de façon plus inattendue, Martha Wilson- dont le Centre Pompidou prépare une expo- Sition. Un autre ensemble d’æuvres
ver la, conme Jey oons, 1akashi Murakamt ou Danmien Hirst, ni les æuvres coup de poing de ceua qut S01t Jresents, tele ta Nona Ora de Maurino Cattelan. NVous avons
Philippe Parreno, Mont Analogue, 2001-2020, LED Light Engine, verre, métal, programme. e Philippe Parreno Bourse de Commerce – Pinanlt Collection

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :