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THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Expositions
Numéro 31, juin 2021
LA BOURSE
DE COMMERCE, SOBRE ET
PUISSANTE
Ily avait des mois, même des années que l’on attendait l’ouverture de la Bourse de Commerce Pinault Collection. Un événement qui va remodeler durablement le paysage de l’art à Paris.
Vue de l’exposition « Ouverture », Bourse de Commerce- Pinault Collection, Paris, 2021, avee les euvres d’Urs FIscher. Courtesy de l’artiste et Bourse de Commerce-inault Collection. OTadao Ando Architect &Associates, Niney
à l’arrière-plan un grand Jugement dernier surplombant un monde en décomposition.
PARIS. Cette ouverture a donné son nom à l ‘exposition inaugurale, accrochage éblouissant d’un choix
et Marea Arehitectes, Agence lierre-Antoine
Gatier. Photo Stefan Altenburger
Après ces aeuvres monumentales, «Ouverture» joue avec les tonalités et les échelles. Les commissaires ont essaimé quelques malices qui attirent les yeux sur le bâtiment, et
d’aæuvres fait par François Pinault lui-mēme dans sa collection, avec son équipe rapprochée, composée de Jean-Jacques Aillagon, Martin Bethenod, Caroline Bourgeois et
tourmentées de Tatiana Trouvé, la visite s’achève par un étage consa- cré à la peinture contemporaine, à travers un choix resserré de dif- férentes générations d’artistes. Une première salle est consacrée a d’immenses portraits de Rudolf
Matthieu Humery. Les noms des allègent la dimension dramatique de artistes retenus avaient été soigneu-ces premières aeuvres- ou bien l’ac- sement tenus secrets jusqu’aux der- centuent. Non loin de la librairie, un niers jours. Tout juste les drapeauxpetit bruit: le bégaiement de la sou-
Vue de l’exposition « Ouverture», Bourse de Commerce- Pinault Collection, avee les ceuvres de
D0ulu montrer que la collection se
Stingel qui laissent surgir lextraor-
ris de Ryan Gander qui crie «l… 1..
developpe auLSSt la ou on ne lattend pas, explique Martin Bethenod,
dinaire présence de sa peinture. Peter Doig, Marlene Dumas, Kerry
argentés des frères Bouroullec, qui
.., appelant les passants depuis le bas d’une plinthe. Et, lorsque lon
ont dessiné le mobilier intérieur,
David Hammons. Courtesy de l’artiste et Bourse de Commerce-Pinault Coll
directeur general delegue de la
attisaient-ils l’impatience des visi-
James Marshall et Luc ‘Tuymans
apparaissent ensuite, parmi les plus grands de leur generation, peu ou jamais exposés en France. Les des- sins de Miriam Cahn continuent à émerveiller. Puis vient la plus
leve les yeux pour observer la cou-
Bourse de Commerce. DIALOGUE ENTRE LES ARTS
teurs depuis quelques semaines aux
OTadao Ando Architect &Associates, Niney et Marca Architectes, Agence P’ierre-Antoine
pole, ce sont les pigeons de Maurizio
abords immédiats du lieu.
Cattelan, Others, dont on croise le Ando, le bâtiment se révèle magnifi- regard. Ils sont discrètement per- quement, servant les oeuvres et servi chés sur la corniche du balcon, par un accrochage dépouillé. En comme ils lavaient été en 2017 à la Monnaie de Paris, présence à la fois tendre et inquiétante. Tout autour de la rotonde, Bertrand Lavier a quant à lui investi des vitrines en bois d’une rétrospective facétieuse
Entièrement repensé par Tadao
Gatier. Photo Aurdlien Mole
Lun des gestes majeurs réside dans la présentation du plus grand ensemble de David Hammons jamais montré en Europe. Datées des années 1960 à aujourd’hui, ces
jeune génération, des artistes par- tois deja connues, en particuner
évoque plutöt la photographie plas- ticienne et la Pictures Generation,
dégageant la verrière et les espaces environnants, larchitecte japonais a réussi la gageure de remettre en lumière cet édifice patrimonial dont on découvre les volumes et les pein-
Claire 1abouret et 1ynete Xhidion- Boakye, et des découvertes, comme
avec Richard Prince, Louise Lawler et Sherrie Levine.
euvres sont comme une exposition lans l’exposition, hommage à cette
Ser Serpas exposee a la Punta de (2019), Florian Krewer et ses noc-
Ponctuée par The Guardians,
T’humour et la force conceptuelle quon lui connait. Première mise en abyme, une vitrine dans une vitrine ouvre la ronde rejouissante de ses chantiers, de jeux formels en jeux
tures fraichement restaurés. lya en vingt-quatre stations, avec figure du Black Arts Movement,
un des artistes americains les plus des sculptures de plus en plus Dogana dans « Luogo e Segnl
turnes mystérieux, la Chinoise installée à Paris Xinyi Cheng et le Brésilien Antonio Obá. Sur eux veillent les figures magniiques de Thomas Schütte.
composé un lieu complètement neuf en insérant un cylindre de béton au centre de cette construction de la fin du xVIIr siècle et en aména- geant les différentes galeries qui Tentourent. Quelques cimaises des- sinent ‘espace, toujours à quelque distance des murs, ce qui cree une atmosphère de légèreté et de fluidité
rares. Il donne la vision d’un monde fragile et meurtri, et nous guide lui-
meme, travers à un film dans lequel
il se met en scène, jusqu’à la recons-
titution d’une cellule du couloir de la mort de la prison de San Quentin aux Etats-Unis. Minimum Security, une ceuvre qui n’avait jamais quitté
Visuels.
Lépilogue réunit au sous-sol LExpédition scintillante de Pierre Huyghe revisitée pour l’occasion, l’euvre Mont Analogue de Philippe Parreno à l’extérieur, et la délicate installation musicale de Tarek Atol clöt le parcours par un dialogu entre les arts. La voix sobre et puls sante de la Bourse de Commerceu pris sa place singulière Paris. ANAEL PIGEAT
Quelques cimaises dessinent l’espace, toujours à quelque distance des murs, ce qui crée une atmosphère de légèreté et de fluidité singulière. Parcourir ce lieu, c’est aussi voya-
l’atelier de l’artiste, dialogue avec la Bourse de Commerce, son histoire, ses liens au passé colonial de la France des – sessions de recherche ont été lancées à cet égard, notam- ment sur Iiconographie des pein- tures de la rotonde datant du
singuliere.
TENSION DRAMATIQUE ET MALICES
résonance avec l’epoque,
n
«Ouverture» est placée sous le signe d’un humanisme sombre exprime avec retenue. Ce constat simpOse d’emblée, dans la rotonde baignee de lumière, à travers la majestueuse
XIX siècle.
Dune tonalité plus intime mais
ger dans le temps des exp0sitions
seulptured’Urs Fischer, réplique en organisées par la Collection Pinault non moins forte, la section consa- Cire de LEnlecement des Sabines de au cours des quinze dernières crée a la photographie aborde les Glambologna, qui commence lente- années, à Venise et dans divers questions relatives aux corps, a la ment a fondre et à disparaitre, vanité lieux hors les murs, On y recon- mise en scène de soi et à la décon- des vanités ou image de la méta- nait les familiers de la maison, et le struction des stéréotypes, à travers morphose. A quclques pas de là est ton est a la retenue: cNou8 avons six artistes des années 1960 aux accroché l’immense tableau lci plage choisi de ne pas caposer les artistes années 1980. On retrouve Cindy comne ici-bas de Martial Raysse, que lon aurait pu 8dtlendrea trou- Sherman, Michel Journiac avec artiste que François Pinault détend ver lü, comme Jetf Ko0n1s, Tukashi ses 24 heures de la vie d’une femme depuis de nombreuses années. Les Murakami ou Damien Hirst, ni ordinaire, mais aussi, de façon plus visiteurs sont ainsi accueilis par les rueres coup de poing de ceur inattendue, Martha Wilson – dont le une foule aux couleurs acidulées, qui sont présents, telle la Nona Ora Centre Pompidou prépare une expo- mais plus acides que douces, avec de Maurino Cattelan. Nous avons sition. Un autre ensemble d’oeuvres
«Ouverture », 22 mai-31 décembre 2021, Bourse de Commerce- Pinault Collection, 2, rue de Viarmes, 75001 Paris, pinaultcollection.com
Philippe Parreno, Mont Analogue, 2001-2020, LED Light Engine, verre, metal, programme. Philippe Parreno Bourse de Commerce- Pinault Colleetion

Juin 2021, numéro 31
THE ART NEWSPAPER EDITION FRANÇAISE
Expositions
ANNE IMHOF
L’INTENSITË DU PRESENT
Le Palais de Tokyo donne carte blanche à la plasticienne allemande. C’est l’une des expositions les plus passionnantes à Paris depuis plusieurs années.
Viues de l’exposition = Natures mortes
champ d’action habituel pour se rapprocher des arts visuels. Et cest peut-étre ce degré supplémentaire de difficulté qui donne à lexposition
PARIS. En France, Anne Imhof est une artiste rare. Larchitecte italienne
d’Anne Imhof au Palais de Tokyo,
à Paris. Courtexy de l’artiste, Galerie Bachhols
Vittoria Matarrese, commissaire de T’exposition avec Emma Lavigne, présidente du Palais de Tokyo, l’avait invitée à participer au festi- val Do Disturb en 2015. De l’autre côté du parvis qui sépare les deux lieux, le musée d’Art moderne de Paris l’avait également convièe pour un concert, « Vape Music», à l’hi- ver 2020. Après «Sex», l’exposition très remarquée de la Thte Modern, à Londres, en mars 2019, dans laquelle la performance avait une
Sprith Magers. Photos Andres HRoseti
une intensité si remarquable.
L’acerochage montre d’abord le formidable sens de l’espace que l’ar- tiste a su déployer, sa faculté à des-
Ce qui se déplie par la suite, cest
le dialogue etroit quAnne lmhot
entretient avec le dessin et avee la peinture: sa peinture, celle d’Eliza
siner un véritable paysage entre ces murs où lon retrouve lesprit insuflé
Douglas, sa compagne, et celle de
plusieurs artistes qu’ellea invités, de Joan Mitchell à Cy Twombly, dont
par les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal au site de créa- tion contemporaine parisien, ouvert au début des années 2000. Le visi- teur est accueilli par une scène posée sur les marches de lescalier qui
est montré le bouleversant Achilles Mourning the Death of PRatrocles. La lumière des verrières cree des eftets
de transparence mordorée saisis- sants sur l’ensemble de tableaux de
grande part, Anne Imhof a surtout été repérée à la Biennale de Venise,
monte vers la mezzanine.
Signmar Polke, Arial dge- exception-
Pavillon allemand avec Faust, à loir composé de plaques de verre nellement prété par la Collection nouveau une pertormance mélant récupérées sur un chantier, che- Pinault et expose en France pour ensemble d’objets et éléments de min artificiel qui na d’autre vertu la première fois. La peinture se fait Scenographie, et qui lui a valu le que de créer un monde de reflets, architecture. Lesprit de Gordon
Puis il s’engage dans un cou-
la même année: elle y occupait le
de transparences, de fantomes, de Matta-Clark nest pas lon-son euvre apparait d’ailleurs dans les
graffitis, de contemplation et d’il lusions, de réflexion sur la nature
Lion d’or.
photographies d’Alvin Baltrop.
Au Palais de Tokyo, le format de la et sur les mondes industriels. A carte blanche est toujours un défi travers ces vitres, on devine des majeur pour les artistes, «Je m étais euvres d’autres artistes, comme la posé la question, en arrivant ici, vidéo d’Elaine Sturtevant montrant de savoir sil était raisonnable de un chien qui court de toutes ses forces-ici à rebours de notre che-
ENERGIE PRIMITIVE
d’abord le formidable sens
de l’espace qu’Anne Imhof asu déployer, sa faculté paysage entre ces murs oùl’on retrouve l’esprit
côté du båtiment, en pleine lumière
MONTRER LART
Lespace se déplie et s’étire.
Anne Imhof a été élevee dans une
oursuivre ce principe. Nous nous
min, des photographies de jeunes
ait pas forcément de montrer le gens endormis près d’une rivière par Wolfgang Tillmans, et des euvres d’Anne Imhof, peintures rayées de
Le parcours est également ponctué
de corps tour à tour contraints et libérés, présents dans des vidéos
sommes rendu compte qu il ne sagis-
famille catholique, par des parents
insuflé par les architectes Anne Lacaton et
politiquement très engagés, «Elle
Hammons et de Klara Liden, et a vecu dans une tension perma- absents, mais suggérés par plu- nente entre conscience spirituelle et conscience du temps présent », souligne Emma Lavigne. Lartiste, là, comme des témoins, dans une qui vit à Prancfort, raconte aussi sa résidence en 2014 à la Cité interna-
d’Anne Imhof ou encore de David
arimum dæuvres, mais d’autori-
r un artiste à semparer du Palais, son arehitecture, de son histoire, ns un format dans lequel tout possible, nais un format beau- Pplus fragmenté que celui d’une e d’art totale», explique Emma
rage et d’énergie primitive. Ce cou-
Jean-Philippe Vassal.
loir conduit a un espace vide, unl quement peuplé de chants diffusés par des haut-parleurs fixés sur un rail. Au loin, la vue d’un ciel a travers
sieurs de ses blousons en cuir
gne. La crise sanitaire a conduit le hublot d’un avion, dans une video treet) et un chemin vers le tréfonds fétiches qui sont accrochés ici et e Imhofà repenser entièrement de Trisha Donnelly. C’est la tin du de nos inconscients dans les sous- itervention, à séloigner de son prologue, tout est suggéré.
Lespace continue à se dessiner: un
1abyrinthe (the maze), une rue (the sols du bâtiment.
Lexposition soulève des questions tionale des arts, à Paris, une année sur ce qu’est lart et ce que cest que le décisive dans son parcours -elle
pointe d ‘humour
montrer Le passe et le présent vo- Sinent, avec quelques points d inten- la pratique quelle a aujourd hu. sité, notamment la photographie des Pierre Huyghe et Philippe Parreno clairs-obscurs de Caravage prise par
est parvenue relativement tard a
Wollgang Tillmans au Museo nazio- respectivement au Centre Pompidou nale di Capodimonte, à Naples. Une et au Palais de Tokyo. « Cest là que gravure de Piranèse, des dessins de jai recommencé le dessin, après plu- Théodore Gericault apparaissent au sieurs annees pa8SEES pluto dans fil de de la visite. Puis des échappées le monde de la musique », précise- surgissent, des points de vue inédits t-elle. Sa familiarité est grande sur les abords souterrains du Palais avec la ville de Paris, avec son his- de Tokyo, un plongeoir avec vue sur toire et sa culture. Par ces « Natures un perchoir pour faucon, un rail qui mortes »- l’intitulé de son expo- épouse l’Orbe New York de l’autre sition polyphonique au Palais de
exposaient alors en meme temps,
Tokyo, Anne Imhof exprime une mélancolie profonde, dans toute lintensit du temps prësent. ANAEL PIGEAT
Vine de l’exposition « Natures mortes » d’Anne Imhof au Palais de Tokyo,
«Carte blanche à Anne Imhof, Natures mortes , 22 mai-24 octobre 2021, Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, 75016 Paris, palaisdetokyo.com
Age, 2005-2007, neuf panneaux, résine artificielle, pigment sec sur tissl,
avee l’aæuvre de Sigmar Polke Arial
Collection. Courtesgy de lartiste, Galerle Buchhols, Sprüth Magerset The Estate of
peinture aérosol et acrylique, Pinault
Sigmar Polle, Cologne Photo Andrea Rosetti

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THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Numéro 31 juin 2021
Expositions
FEMMES ET ABSTRACTION: ACTION!
Au Centre Pompidou, à Paris, l’exposition-fleuve consacrée à la pratique protéiforme de l’abstraction par les femmes depuis le xIx° siècle montre leur rôle fondamental dans cette histoire.
PARIS. Le dogmatisme de l’histoire LES MÉNAGÈRES de l’abstraction, dominée par un Le parcours de l’exposition fait imaginaire masculin et occiden- alterner des euvres renommées tal, saute aux yeux du visiteur dès l’entrée de l’exposition. En guise d’introduction, les commissaires Christine Macel, conservatrice au musée national d’Art moderne (Paris), et Karolina Lewandowska, directrice du musée de Varsovie, reproduisent plusieurs «arbres généalogiques » du modernisme -dont ceux, célèbres, signés des peintres Miguel Covarrubias (1933) et Felix Del Marle (1948) qui tont de ce courant artistique un nociele de patrilinéarité: les artistes es en sont quasiment absentes, étrangères au mythe d’un art de cou-
Judy Chicago, Smoke Bodies/California
Desert, de la série Women in Smoke, 1972-2018, tirage pigmentaire d’archive. © Judy Chicago, courtesy Through the Flower Archives, The Center for Art
-celles de Hilma af Klint, Sonia Delaunay-Te Barbara Hepworth, Lee Krasnepu Agnes Martin – avec d’autres ncore peu connues, tant des historiens d’art que du public: les dessins médiumniques de Georgiana Houghton, les compo- sitions vorticistes d’Helen Saunders, la «photographie créative » de Carlotta Corpron, les peintures la peinture que des arts appliqués sensuelles d’Tlona Keserü ou celles- les vêtements et textiles de Varvara informelles de Bice Lazzari. Les Stepanova! -ou de la performance. commissaires rappellent avec péda- gogie les conditions de la reconnais-une perspective de geometrisa- sance ou de la méconnaissance de tion du corps, à travers le tres bel chacune. Le cartel consacré à Janet Sobel est à cet égard édifiant. En 1944 ou 1945, Clement Greenberg
Environment, Nevada Museum of Art et Salon 94
Fahrelnissa Zeid, The Arena ofthe Sun,
1954, huile sur toile. © Raad Zeid
A-Hussein, courtesy Istanbul Museum of Modern Art. Photo Reha Arcan
La contribution de la danse, dans
exemple de Gret Palucca, dont le travail inspire à Vassily Kandinsky une série de dessins, ou celui de Giannina Censi et de ses aérodanses futuristes, est absolument convain-
rageux pionniers.
cante. De même, celle du tissage aux formes abstraites, par les anciennes élèves du Bauhaus notamment, constitue là encore un champ délaissé par les artistes hommes et qui devient pour ces femmes un
collectionneuses ou historiennes dart. Ainsi est rappelé le concours de Katherine S. Dreier, cofondatrice en 1920 de la Société Anonyme Museum of Modern Art, de Hilla Rebay, directrice du Museum of Non-Objective Painting créé en 1939 à New York, et de Pegsy Guggenheim, marchande et mécène, fondatrice de la galerie Art of This Century, ou, dans une demarehe militante, celui des critiques et théoriciennes Griselda Pollock, Lucy
Laforce de l’exposition réside dans son
et son protégé Jackson Pollock découvrent, impressionnés, les pre-
foisonnement, ainsi que dans la liberté laissée au visiteur d’inventer Son propre parcours.
miers all-overs de Janet Sobel dans
une galerie new-yorkaise. Pourtant, dans la deuxième édition de son ouvrage Art and Culture (1961),
Lygia Clark dans son atelier, Rio de Janeiro, vers 1950. Courtesy
espace dexperimentation fertile.
The World of 1ygia Clark» Cultural Asociation
Greenberg s’empresse de redon-
DÉPLACEMENTS
Avec «Elles font l’abstraction», le Centre Pompidou entreprend une relecture de cette histoire. Il s’ins- crit dès lors dans un mouvement
ner à la jeune femme la place qu’il juge être la sienne et la qualitie de
Après la Seconde Guerre mon- diale, les enjeux des abstractions se deplacent sensiblement. Au point de vue géographique, ils se trans- portent vers les Etats-Unis, avec notamment les travaux de l’Afro- Américaine Alma Woodsey Thomas, mais également vers l’Amérique du Sud -avec les recherches de Carmen Herrera a Cuba ou de Lygia Clark et Lygia Pape au Brésil -, T’Asie -avec de Nasreen Mohamedi en Inde – ou le Moyen-Orient – avec celles de la Libanaise Saloua Raouda Choucair. Sur le plan théorique, ces enjeux évoluent aussi sous lin- fluence grandissante des revendi- cations féministes dont s’emparent nombreuses artistes à la fin
ménagère»
La force de l’exposition réside dans son foisonnement, ainsi que dont l’ambition est de donner aux dans la liberté laissée au visiteur
temmes une place située, contex- d’inventer son propre parcours. tualisée, qui, dans la chronique de la Elle fournit la preuve de l’apport modernité artistique, leur a souvent des artistes femmes à l’histoire de été refusée. Sil n’y a pas d’art fémi- l’abstraction, mais aussi de la diver- an (une Conception essentialiste qui Site des pratiques, des positionne-
Lippard et Linda Nochlin.
ENRICHISSEMENT
but d’une telle manifestation
nin
n’est évidemment pas d’ostraciser les artistes femmes en les réduisant à leur genre. Du reste, un certain nombre d’entre elles, aujourd’hui décédées, se seraient opposées à l’événement: Georgia OKeefte avait ainsi exclu catégoriquement de participer a la rétrospective sur les artistes femmes depuis la Renaissance organisée par Linda Nochlin et Ann Sutherland Harnis
Semble heurensement depassée), il y a cepemdant, explique Christine
ments face a
Macel, une nécessité urgente e non artistes russes (ayant accédé plus tot à les intégrer à un récit dont elles ont dentale aux écoles d’art) est impres- S1onnante, tant dans le champ de
genre et des destins. Ainsi, la vitalité de la production des
seulement a les nommer, mais aussi
celles
que leurs collègues d’Europe
été czclues pour des raisonas anthro- Ppologques, afn d eviter quelles dis- paratssent de nouveau. Cela exige, de seloigner du forma-
ioute-
listne hérité des principaux theon Cens de l art abstrait, tels qu’Alfred . Barr ou Clement Greenberg, au pront d une approche transdisci- plinaire (arts plastiques, mais éga- ement danse ou arts décoratifs), internationale et non doctrinaire, reflétant les multiples définitions de T’abstraction, y compris spiritualistes
nnees 1960 et au cours des annees 1970. Si certaines rejettent
au Los Angeles County useu of Art Lacma), en 1976-1977.
en bloc 1’abstraction, comme éma-
Mais puisque les historiens et les
nation de la société patriarcale -son
critiques d’art, les cOnservateuts, les galeristes ont, dans leur majo- rité, si longtemps failli à rendre compte avec équité de leur Ceuve de telles séances de rattrapage, avec Ies detauts qu’elles comportent, sont l’oceasion propice d’enrichir notre
orn
me, sa quête de pureté, son
Ou perlormatives.
d’autres y voi
t apolitique -, une manière de
subvertir la rigidité de l’art mini-
mal par un registre de formes orga- niques. Ainsi des sculptures coulées de I mances de fumées colorées de Judy CAMILLE VIEVILLE Chicago.
wda Benglis ou des pertor
Monir Shahroudy Farmanfarmaian travaillant dans son atelier à Heptagon Star, Téhéran, 1975.Courtey Estate of Monlr Shahrondy Farmanfarmaian, Photo D.R
propre vision de l’histoire de lart.
Parallelement à cette mosaique de
petites monographies, les com- Elles font l’abstra missaires de l’exposition ont conçu 19 mai-23 août 2021, quelques intermèdes portant sur Centre Pompidou,
le rôle dans l’histoire de l’abstrac-
tion de ocertaines temmes galeristes,
place Georges-Pompidou, 75o04 Paris, centrepompido.

THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Expositions
Juin 2021 numéro 31
AWARE SÉTEND SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE
Créée en 2014, l’association, qui a pour mission de produire et diffuser de l’information sur les artistes femmes du xx* siècle, a aujourd’hui pris son essor. Rencontre avec sa directrice, Camille Morineau, et la collectionneuse installée à Londres Catherine Petitgas, présidente des Ami.e.s d’AWARE.
traction», au Centre Pompidou [lire page ci-contre]. Léquipe de
Camille Morineau. Photo Valerie Archeno
ont été créés à Sciences Po Paris, «Radical Woman» nous a confies, Sciences Po Lyon et à I’Ecole natio- pour le site d’AWARE, toutes les nale supérieure des beaux-arts notices écrites à l’oceasion. Pour [Paris). Et I’Ecole du Louvre, dont je « Elles font l’abstraction , nous préside le conseil d’administration, a avons travaille en amont avec le projet de s’ouvrir à ces questions. Christine Macel, comme nous C’est un net progrès par rapport aux années 1980. C.P. Jusqu’à présent, les Etats-Unis du pop». Cest une manière d’ai- ont évidemment concentré l’es- der les musées et de prolonger les sentiel de la recherche, autour des travaux de recherche au-delà des historiennes d’art Linda Nochlin et expositions. Amelia Jones. En Amérique latine, C.P. AWARE a aussi co-organiséun le mouvement est assez rėcent : l’exposition «Radical Woman. Latin American Art, 1960-1985 », labstraction »
réactive à l’égard d’un projet aca-
Quel bilan tiren-vous de ces sept premières années d’eristence d’AWARE? C.M. La foree d’AWARE est d’avoir réussi à eréer des réseaux muséaux et universitaires, en France et à Tétranger. Aujourd’hui, des per sonnes de tous horizons travaillent
démique. Le programme « Team» permet davoir des relations appro-
fondies avec des universitaires étran- gers. Bt, en matière de diffsion de information, 40 000 à 50 000 per sonnes visitent chaque mois le site Internet. Je voudrais contribuer
T’avions fait pour l’exposition au Mamac de Nice, «Les Amazones
mieux faire connaître AWARE à
T’étranger, notamment aux Etats-
Unis, en Afrique et en Asie.
à la diffusion de ce savoir et de l’idée que les artistes femmes ne sont pas
quelques dizaines mais quelques
domaines de la eréation.
«Je suis persuadée qu’il y a eu des artistes femmes
partout, malgré les donne envie d’être artiste femmes qu’aux hommes.»
obstacles. La pulsion qui
appartient autant aux
publie. Comment l’association
en 2019 lors d’un séminaire à l’is- les années 1920 à Paris, fondée sur eiés à la préparation de « Radical sue duquel nous avions sélectionné Tidée que la question queeT y a étë Woman» et d’« Elles font l’abs-
trente artistes femmes, à propos des- inventée à ce moment-là, car c’était
une ville libre. Les Etats-Unis, à
demander à un mécène de soutenir AWARE, je l’invite à faire partie de la communauté. C.M. Nous avons des partenariats
prises. Notre mécène principal est
le Chanel Fund for Women in the Arts and Culture, qui me permet
d’avoir une équipe et des bureaux, mais il y a aussi Veuve Clicquot et la Fondation Engie. Je travaille à diver- sifier ce groupe d’entreprises. Nous avons également une aide excep- tionnelle du ministère de la Culture en raison de la crise.
Catherine Petitgus, votre arrivée en tant que présidente des Amies dAWARE donne à l’association une dimension plus internationale. Comment envisages-rous votre róle ? C.P. LAmérique latine représente
quelles nous avons depuis publié des textes en ligne : Bill Kouélany, Huda Lutfi, Maud Sulter.. Nous leur asso- cions des mots-clefs afin de les lier par des thématiques et de créer un
‘époque, étaient encore très puri- tains. Nous avons également lancé
un programme sur lidentité quer, qui est piloté par Isabelle Alfonsi, à qui jai notamment demandé de nous signaler les artistes qui man-
les deux tiers de ma collection, et Je mintéresse depuis longtemps
appareil théorique qui manque. AWARE a aussi organisé un col- loque en ligne du 13 au 16 avril.
queraient sur notre site et d’identi- fier celles qui sont présentes.
PROPOS RECUEILLIS PAR ANAEL PIGEAT
aux artistes femmes -j’ai fait, avec Sarah Wilson, un master sur Orlan au Courtauld Institute of Art Londres], et jai soutenu de nom- breuses expositions sur les artistes temmes, notamment à la Tate. presque encyelopédique? Ce qui m’a toujours attirée chez C.M. Je suis persuadée quilya eu moins structurés en France qu’aux AWARE, c’est son approche très des artistes femmes partout, malgré Etats- Unis, des programmes
La méthode d’AWARE a quelque
Les gender studies sont nées aue Etats-Unis. Qu’en est-il en Franee aujourd’hui?
chose de aystématique sur les plans générationnel, territor
awarewomenartists.com
et thématique. Une approche
C.M. Mëme si les parcours sont
Catherine Petitgas. Photo Benedikt Pranck
oKARL &FABER
centaines, voire quelques millies.
colloque, les 19 et 20 mai au Centre Pompidou, à l’occasion d’« Elles font
Le noyau desfondatrices est compose de trois avocates, Ene commissaire d’eaposition, Ene violoniste, une eaperte comptable et une éericaine: une histoire d’umitiés C.M. Ce sont des formes de sorori- tés très anciennes. Nathalie Rigal ancienne experte-comptable]Quels prejets arer-vous sur maide sur les questions juridiques et le continent africain? stratégiques de l’association. Ce pro- C.M. Sur les territoires dont nous tous les territoires et différentes la Pinacoteca de São Paulo. Le Getty C.P. Pour ce qui concerne les jet est ne de la volonte de s interes- ne sommes pas spécialistes, nous époques en ont connu-nous avons Center a financé six ou sept ans de tinancements individuels, avant de ser å l histoire des femmes artistes, commençons par 1dentifier des récemment ouvert nos recherehes recherche dans la règion. mais aussi des femmes romancières, experts, chacun pour une zone géo- au XIx siècle, à travers un parte- cinéastes et musiciennes. AWARE graphique: Eva Baro1s de Caevel, nariat avec le musée d’Orsay. Je llvous arrive aussi de contribuer s’ouvrira peut-être un jour à ce Nadira LaEgoune-Aklouche, Peju prépare actuellement une exposi- àdes expositions…. dont nous avions rêvé, dans tous les Layiwola… Nous les avions réunis tion sur les artistes femmes dans C.M. Nous avons en effet été asso- récurrents avec certaines entre-
les obstacles. La pulsion qui donne de Cecilia Fajardo-Hill et Andrea envie d’éêtre artiste appartient autant Giunta, a été décisive. Elle a eu AWARE estfinancé avec 80% aux femmes quaux hommes. Nous lieu en 2017 au Hammer Museum dargent privé et 20% d’argent voulons montrer que ces parcours à Los Angeles, puis a cireule au de femmes ne sont pas isolés, que Brooklyn Museum [New York] et à Jonctionne-t-elle ?
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Vente aux enchères le 16 juin 2021 à Munich Maitres anciens et du XIX° siècle Avant-première à Munich, Allemagne: Du 7 au 15 juin 2021
Visite sur rendez-vous
Eugène Boudin, Personnages sur la plage à Trouville, 1869. Estimation: 10.000/15.000 €

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Expositions
À VOIR AUSSI
Hartung années 1980
« Rothko-Hartung. Une amitié multiforme» confronte les univers des deux peintres. «Hartung 80», 12 juin-31 juillet 2021, Perrotin, 76, rue de Turenne, 75003 Paris,
perrotin.com
THE ART NEWSPAPER EDITTON E
Notre sélection des expositions de juin dans les galeries et les institutions, en France et à l’étranger.
A la Philharmonie, un projet liant
musique et photographie
Conçue par Lélia Wanick Salgado, l’exposi-
tion retrace l’exploration de l’Amazonie par
chez Perrotin La galerie Perrotin presente quelques-unes des aeuvres ultimes du maitre de l’art abstrait, Hans Hartung. Lexposition «Hartung 80 » son mari, Sebastião Salgado. S’étant installé rassemble des toiles témoignant d’une par- plusieurs semaines auprès de peuples indi- faite maîtrise technique et d’une approche gènes en Amazonie, le photographe brésilien de la peinture qui a gagné en liberté. Les témoigne de la beauté du paysage, ainsi que du ceuvres sont présentées en sept séquences, selon les formes et les techniques picturales. En parallèle, du 11 au 19 juin, une perfor-dialoguent avec les compositions musicales de mance d’Abraham Poincheval permettra un Jean-Michel Jarre, élaborées à partir de sons dialogue singulier avec les tableaux. Dans l’es- pace Saint-Claude de la galerie (20, rue Saint- Claude, 75003 Paris), l’exposition intitulée
patrimoine social et culturel transmis par les habitants. Plus de deux cents photographies
de la forêt. Une véritable immersion senso- rielle pour les visiteurs. Visant à sensibiliser de
nombreux publics à la disparition progressive
L’être charnel dans I’univers selon Kiki Smith à la galerie Lelong Après avoir exposé à la Monnaie de Paris en 2019, la plasticienne américaine revient dans la capitale avec des euvres liées à l’un de ses thèmes de prédilection: l’harmonie interne des étres vivants et leur façon de s’îns- crire dans l’univers. Pour sa huitième expo- à ce mouvement majeur de la seconde moitié sition chez Lelong, Kiki Smith (née en 1954) du xx° siècle : «Nouveau Réalisme = nou- montre essentiellement des dessins et sculp- velles approches perceptives du réel » réunit tures des années 1990 représentant des par une trentaine d’æuvres historiques datant ties du corps. Sous le titre Arc, des mains en de 1947 à 1965, signées Arman, Yves Klein, bronze expriment ainsi l’expérience intime Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, César, du toucher. L’ensemble, d’une grande sensi- Christo, Gérard Deschamps, François Dutrene, bilité, questionne les fondements de la nature Raymond Hains, Martial Raysse, Mimmo humaine: la naissance, la féminité – des Rotella, Daniel Spoerri et Jacques Villeglé. leitmotivs présents de longue date dans son Lun des rares monochromes noirs de Klen, travail -, mais aussi, dans ces ceuvres plus conçu avec Tinguely en 1958, y est presente, récentes, le lien à la nature.
parmi quatre-vingts ceuvres. Un catalogue darchives photographiques et documentaires accompagne l’exposition.
Hans Hartung, T7989-R16, 1989, acrylique sur toile. © Hans HHartung, courtegy Fondation Hartung- Bergman et Perrotin
Kiki Smith. Prom Inside », 20 mai-
13 juillet 2021, galerie Lelong & Co, 38, avenue
Matignon, 75008 Paris, galerie-lelong.com
Le son matérialisé du duo VOID
VOm
la galerie Panill
Le duo VOID – Arnaud Eeckhout et Mauro
Nouveau Réalisme- nouvelles approches perceptives du réel », 11 juin-24 juillet 2021, galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, 33 et 36, rue de Seine, 75006 Paris,
Sebastião Salgado, Famille Ashaninka, Etat d’Acre, Brésil, 2016, photographie noir et blanc. e Sebastiäo Salgado
galerie-vallois.com
Vitturini -expose pour la première fois en France, a la galerie Papillon. A travers une pra- La galerie Anne Barrault expose tique pliridisciplinaire-installations, sculp- le bestiaire de Jochen Gerner tures, dessins, vidéos, peintures-, les deux artistes cherchent à représenter l’enveloppe matérielle du son. Dune expérimentation telle que Phonutograph (2021) nait une forume de langage sonore, tandis que la série Mappe Sonore (2020) se sert du dessin comme moyen de matérialisation. Déroutantes, les cartogra- phiess0no-visuelles» retranserivent sur le papier la votz discrète du paysage. D’autres supports sont expérimentés: dans la série années 1960, dans son ouvrage Printemps Compositions (2019), les blocs de mousse, par silencieur, les effets nocifs des pesticidles sur leur faculté à absorber les bruits, offrent un les oiseaux. Quant à la série Butfon illhustré, enregistrement visuel innovant et convaincant.
Kiki Smith, Are, 2018, bronze et acier.
D.R.
e la forêt amazonienne, l’exposition voyagera ensuite à São Paulo, Rio de Janeiro, Rome et Londres, à l’automne 2021. Par ailleurs, les recettes de la vente des disques des sons enre- gistrés de la forêt seront intégralement rever- sées aux communautés amérindiennes. « Salgado Amazônia», 20 mai-31 octobre 2021, Philharmonie de Paris, 221, avenue Jean- Jaurès, 75019 Paris, philharmoniedeparis.tr
Le Nouveau Réalisme chez Georges- Philippe et Nathalie Vallois
La galerie consacre une nouvelle exposition
Lauteur et dessinateur montre deux ensembles récents sous l’intitulé « Buffon & Carson » Parcourant une ample palette de couleurs et jouant avec les codes visuels, Jochen Gerner met en dialogue dessins d’oiseaux et mysté- rieuses ombres d’animaux à l’encre de Chine
Une façon de rendre hommage à la biolo- giste américaine Rachel Carson, figure phare
de la pensée écologiste, qui dénonça des les
VOID, 19 juin-26 septembre 2021, galerie Papillon, 13, rue Chapeon, 75003 Paris, galeriepapillonparis.com
elle fait référence aux écrits scientifiques révo-
lutionnaires du comte de Buffon. Jochen Gerner. Buffon & Carson, 3 juin-17 juillet 2021, galerie Anne Barrault, 51, rue des Archives, 75003 Paris, galerieannebarranlt.com
Raymond Hains et Jacques Villeglé, M, 1949, affiches lacérées sur toile. Courtesy galerie GP&NVallois, Paris. Photo Clérin-Morin
VoID, Compositionn »1, 2019, peinture acrylique,
mousse acoustique. Courtey vOID et alerie Papillon
Jochen Gerner, Pie de mer, 2o20, feutre sur
pport imprimé. e DR

23
Juin 2021, numéro 31
THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Expositions
inscrit dès 1912 des contrastes de couleurs dans ses oeuvres, comme en témoigne Prismes lectriques (1913). Des colloques, lectures et projec- tions accompagnent l’exposition. L’historien d’art Itzhak Goldberg donne ainsi une conférence sur Mare Chagall le 23 juin à 18h30. «Chagall, Modigliani, Soutine… Paris pour école, 1905-1940», 17juin-31 octobre 2021, musée d’Art et d’Histoire du judaisme, hôtel de Saint-Aignan, 71, rue du Temple, 75003 Paris, mahj.org
Le Jeu de Paume nous livre le regard de Michael
Exposition inaugurale à
la Fondation d’entreprise
Schmidt sur l’Allemagne de l’après-guerre Pour sa reouverture apres travaux, institution consacre une rétros- pective au photographe allemand Michael Schmidt, né en 1945 et disparu en 2014. Ce Berlinois de Ouest a été l’un des photographes les plus intluents de l’après-guerre outre-Rhin, aussi connu pour son travail documentaire que celui plus personnel. Dans des nuances de gris, Michael Schmidt décrit l’at- mosphère d’un Berlin scindé par le Mur. La série intitulée Ein-heit [Uni-t] témoigne de la difficulté des protagonistes à prendre part à De nombreuses manifestations sont cette nouvelle société. Au fil des ans, organisées dans le cadre d’«Australia l’artiste a reconstitué de nouvelles Now» 2021, la saison culturelle aus- photographies à partir d’anciennes, tralienne à Paris. Ainsi d’une exposi- ouvrant ainsi une autre dimension tion de Jonathan Jones au Palais de interprétative. Sont aussi exposées ses series Frauen Femmes] et Irgendwo LQuelque part], qui arti- culent des réflexions autour de la féminité et du voyage, et inaugurent son emploi de la couleur. «Michael Schmidt. Une autre photographie allemande », 8juin-29 août 2021, Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, 75008 Paris,
Pernod Ricard Pour l’ouverture de son nouvel espace parisien, dans le quartier de la gare Saint-Lazare, la Fondation d’entreprise Pernod Ricard a confié l’artiste à Bertrand Dezoteux le com- missariat d’une exposition collective Treize artistes aux pratiques diverses ont été invités participer à au «Juste Prix». Parmi eux figurent Claudia Triozzi ou Bertrand Dezoteux lui- mëme, à travers des ceuvres docu- mentaires ou des fictions cosmiques mettant en scène le maitre du sur- réalisme Salvador Dali. Quant à Jeanne Moynot, inspirée du mer- chandising lié au do-it-yourself, elle a cree une installation qui accorde une place particulière aux objets, rappelant un vide-greniers. Le visi- teur est invité à une déambulation
Bertrand Dezoteux, Endymion, 2021, film.
D.R
L’art des aborigènes yolngu au musée du quai Branly Jacques-Chirac
KONNEu
Michael Schmidt, Müller-Eeke Seestraße (Berlin- Wedding), 1976-1978, photographie noir et blane. o Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmid
Tokyo en octbbre ou d’un ensemble de photographies de Petrina Hicks à l’ambassade d’Australie à partir du 14 juin. Le musée du quai Branly célèbre pour sa part I’Australie et ses paysages à travers l’art aborigene des Yolngu. Peintures, sculptures et textes sensibilisent le public aux
joyeuse et jubilatoire». « Le Juste Prix», 19 mai- 12 juin 2021, Fondation d’entreprise Pernod Ricard, 1, cours Paul-Ricard, 75008 Paris, fondation-pernod- ricard.com
tArchive
Paris dans l’aeil d’Henri Cartier-Bresson
espaces maritimes et à la préserva- tion de la biodiversité des terres aus- traliennes. Révélant la cartographie du territoire des Yolngu ainsi que leurs rituels, cette exposition invite
musée C Après des mois de restrictions jeudepaume.org sanitaires et alors qu’ont rouvert musées, terrasses des restaurants et cafés, etc, rien de tel qu’admirer la capitale sous un autre jour. C’est ce que propose le musée Carnavalet – Histoire de Paris, en association avec la Fondation Henri Cartier-
arnavalet
u
a collection Rouart au Petit Palais
à découvrir la culture de la popula-
Guku Birrkuda, l’Abeille Birrkuda, Tom Djawa, terre d’Arnhem (Australie), elan Gupapuynu Daygurrgurr, 1963, Ccorce, pigments blanc, noir, rouge, jaune et rouge-brun.
Henri Cartier-Bresson, Sous le métro aérien, boulevard de la Chapelle, 1951, Fondation Henri Cartier-Bresson.
Lécrivain et membre de l’Acadé- mie française Jean-Marie Rouart a
tion aborigène du nord de l’Austra-
lie, encore fragile et méconnue.
fait une donation de douze euvres«Gularri. Paysage de l’eau
au nord de l’Australie », 22 juin- 26 septembre 2021, musée du quai Branly-Jacques-Chirac, 37, quai
Fondation Henri Cartier-Bre Magnum Photos
d’Henri Rouart, dHenry Lerolle, Bresson, à travers de nombreux de Maurice Denis et dAugustin Rouart au musée du Petit Palais. audiovisuels du maître de «l’instant Loccasion pour l’institution pari- sienne de mettre ces tableaux en Paris, Henri Cartier-Bresson a sou- regard de pièces de sa collection liées à la famille Rouart, des peintures de quartier ou les quais de la Seine, de Berthe Morisot, d’Edgar Degas s’intéressant auss aux événements et d’Auguste Renoir. Au sein de ct historiques – la libération de Paris ensemble, Le Nageur ou Lagrimas penas d’Augustin Rouart, au trait précis et d’une délicate palette ehro- matique, illustrent l’influence de T’Art déco et des estampes japonaises
Musée du quai Branly- JacquesChirae
tirages originaux et enregistrements décisif». Arpenteur infatigable de vent tourné son objectif vers la vie
Branly, 75007 Paris, quaibranly.fr
Le paysage en sculptures à Lafayette Anticipations Marguerite Humeau et Jean-Marie Appriou ont intitulé cette exposition en référence à la couche supérieure
de la terre, nommee I horizon de sur
en août 1944 ou les manifestations de Mai 68. La Ville Laumière revisitée par une icône de la photographie du XX siècle.
face, «oiù les morts se tranusforment
en vivants ». Les deux artistes inves- tissent la façade, la cour intérieure et les espaces d’exposition. Sensoriel
Henri Cartier-Bresson. Revoir Paris», 15juin-31 octobre 2021, musée Carnavalet – Histoire de Paris, 23, rue de Sévigné, 75003 Paris, carnavalet-paris.fr
dans les peintures de l’artiste.
et philosophique, composé de végé taux et de sculptures, le parcours
Augustin Rouart. Lapeinture en héritage », 1″juin-
10 octobre 2021, Petit Palais, avenue
vise à interpeller les visiteurs sur leur relation avec leur planète. Des
Winston-Churchill, 75008 Paris, petitpalais,paris.fr
rencontres organisées en parallèle de l’exposition abordent les questions
de paysage naturel et de biodiversité. Plusieurs ouvrages sont publiés pour l’occasion. Conçu avec Marguerite
Paris pour école» au musée d’Art et d’Histoire
LAGRIras) PES
du judaisme
Humeau sur le principe de l’herbier, un livre d’artiste énumère les plantes montrées, leurs propriétés et vertus « Surface Horizon. Marguerite
Plus de cent trente aeuvres ainsi que des documents inédits d’artistes juifs ayant fui leur pays d’origine sont réunis dans l’exposition « Paris pour école ». On y eroise Mare Chagall, Chaim Soutine ou Amedeo Modigliani, tous attirés par ce Paris Anticipations- Fondation cosmopolite, capitale mondiale d’entreprise Galeries Lafayette, des arts, des années 1905 à 1940. 9, rue du Plâtre, 75004 Paris, Différents mouvements sont nés de lafayetteanticipations.com ces rencontres. Ainsi du cubisme en 1907, dont les ténors Georges Braque et Pablo Picasso furent défendus par un marchand alle-
Humeau et Jean-Marie Appriou, 17 juin-5 septembre 2021, Lafayette
Augustin Rouart, Lagrimas y penas, 1943, huile sur contreplaquė. oPhillippe Fuzeau
Jean-Marie Appriou, 7The Murmur (détail), 2021, aluminium patiné, verre. Courtesy de l’artiste et Galerie Eva Presenhuber, Zarich/New York. Photo Rebecca Fanuele
mand, Daniel-Henry Kahnweiler, et un poète français dorigine polo- naise, Guillaume Apollinaire. Sonia
Delaunay, née Sarah Sophie Stern en Ukraine, inspirée par le fauvisme,
Sonia Delaunay, Priames éleetriques r4, 1913-1914, huile sur toile. e Praa SA. Cnap/Yes Chenot

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THE ART NEWSPAPER ÉDITION FRANÇAISE
Expositions
Immersion en eaux profondes à la Villa Carmignac
Dans le cadre de sa 4 saison d’ex- positions, la Villa Carmignac, sur l’ile de Porquerolles (Var), accueille « La Mer imaginaire ». Conçue par le commissaire américain Chris
Sharp, elle transforme la Villa, qui comporte des espaces immergés, en un véritable musée aquatique gräce à de nombreuses installations inspi- rées du monde sous-marin. Au côté d’aæuvres de Gilles Aillaud, Mathieu Mercier, Gabriel Orozco ou Henri Matisse, d’autres ont été spécia- lement créées pour Toccasion par Bianca Bondi, Miquel Barceló ou Hubert Duprat. Au-delà de la Villa Carmignac, Il’exposition se prolonge
au fort Sainte-Agathe et à la Villa galerie Almine Rech. Photo Mare Domage
Noailles, à Hyères, où une com- mande photographique à Nicolas Floch dévoile les fonds marins envi- ronnant Porquerolles. Témoin de la fragilité des milieux aquatiques et de leurs espèces en voie de dispari-
heu magique, sorti de l’imagination.
«la Mer imaginaire», 20 mai- 17 octobre 2021, Villa Carmignac, La Courtade, ile de Por 83400 Hyères, fondationcarmignac.com
erolles,
Jeff Koons, Lobster, 2007-2012, acier inoxydable et miroir poli avec revêtement de couleur transparent, Pinault Collection. o Jeff Koons, courtesy
Jeff Koons mis en scène au Mucem Lexposition «Jeff Koons Mucem. Euvres de la Collection Pinault» a été montée en étroite collabora-
des Civilisations de l’Europe et de
Culture pop et féminine au Mamac de Nice Au musée d’Art moderne et d’Art
contemporain de Nice (Mamac),
«She-Bam Pow Pop Wiz! Les ama-
zones du pop» rassemble des cæuvres
des années 1960 à 1973 de qua- rante femmes artistes européennes ou nord-américaines du xx* siècle. Niki de Saint Phalle, Yoko Ono ou
Evelyne Axell comptent parmi ces
véritables pionnières du mouvement pop. De la vidéo à l’installation en passant par la peinture, un univers coloré et acidulé, prònant souvent l’émancipation du corps féminin, célèbre ainsi le 30 anniversaire du musée. Face à la Female Robot (1964) de Kiki Kogelnik, il reste per- mis d’envisager un fütur meilleur. «She-Bam Pow Pop Wizz! Les amazones du pop », 3 octobre 2020- 29 aoüt 2021, musée d’Art moderne
et d’Art contemporain, place Yves- Kein, 06000 Nice, mamac-nice.org
Kiki Kogelnik, Miss Universe, 1963, huile et acrylique sur toile. Courtesy galerie Natalie Serousi/ Kogelnik Foundation
Numéro 31, juin 2021
Un tour du monde
artistique au Capc- musee d’Art contemporain
DOrdeaux LuSsoctation avec le Centre natio- des arts plastiques (Cnap) a per- sC pret d’une centaine d’aeuvres pOur texposition «le Tour du jour en quatre-vingts mondes ». Ce titre,
prunte à un recueil de
xes
de
montrer des artistes de diverses es, Cn particu- -1990.
femmes non-europee dans les années
acti
Ponr
2012) ou la peinture Backyard
(2002). Lexposition couvre les qua-
rante ans de carrière de l’artiste, qui a choisi au sein des collections du musée trois cents pièces pour dia- loguer avec ses ceuvres. «Jeff Koons Mucem. CEuvres de
cart sont alnsi mis a
Neda Razavipour, Younès
Rabmo
uo Cortazar, fait écho à la volonté 18 octobre 2021, musee des Civilisations de l’EArope et
la Collection Pinault», 19 mai-
avec Arcmboldo au
Centre Pompidou-Metz
esqu ian Suter. pièces
Marcel Duchamp. Ce qu’illustrent une sculpture comme Lobster (2007-
hicque Fernanda Gomes ou
Méditerranée, 7, promenade Robert- Laffont, 13002 Marseille, mucem.ory
l’histoir Jouer l’occidentalisation de Confrontations inédites
Gabriel Orozco, Spume 5, 6, Splash, 2003, mousse expansive et aluminium.
Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery Henri Matisse, Polynésie, le ciel, 1964, tapisserie.
Succession H. Matisse-Ville de Beatvais/Fondation Carmignac, photo Marc Domage
tion, «La Mer imaginaire» évoque tion avec l’artiste américain, origi- Le musée des Impressionnismes, egalement la beauté poétique d’un naire de Pennsylvanie. Le musée à Giverny (Eure), accueille une
Le jardin s’expose à Givermy
centaine de peintures
Dans la continuité de l’exposition 1LEfet Arcimboldo», organisée au
wle
cotes, un
stallabons de Retecca Fiorm ou de
, cOTnme des
présente « Face
Zhen.
à Arcimboldo ».
Le lour du jour en qu
, 15 déeembeo o s 022, Cape- musée d’Art de Bordeaux
tarisi et la comn
Cae
apc-t
0 Bordeauy.
deauz.it
ang
ses Ses vitras
& la plame ou encore
sor ntitulé Le Bibliot
ort Face à Ardmboldo», 29 mai-
rvis des
u MAH et
la Méditerranée, à Marseille, béné- d’estampes et de photographies ficie d’un prêt exceptionnel de dix- sur le thème du jardin. L’exposition neuf aeuvres issues de la Collection propose une rare confrontatiion Pinault. Explorant la relation entre d’aeuvres dartistes impressionnistes T’art et les objets du quotidien, Jeff et nabis. D’Auguste Renoir à Claude Koons revisite le ready-made de Monet en passant par Edouard
Camille Pissarro, Jardin et poulailler chex Octare Mirbeau, Les Damps (détail), 1892, huile sur toile. e D.R.
uillard et Pierre Bonnard, son parcours est à la fois thématique et
chronologique. Les différentes sec- tions abordent le reve, l’absence,
la femme au jardin ou les jardins publics. Des clichés inédits du jardin de Claude Monet à Giverny, conser
vés dans les archives Vuillard, com-
pletent la promenade.
Sylvie Blocher, Change the Scenario, 2013, installation vidéo couleur (diptyque), Centre national des arts plastiques.© Cnap, courtesy de l’artiste
Cöté jardin. De Monet à Bonnard », 19 mai-1 novembre 2021, musée des Impressionnismes
Giverny, 99, rue Claude-Monet,
27620 Giverny, mdig.fr
Marcher sur l’eau» au musée d’Art et d’Histoire de Genève Jakob Lena Knebl est la première
commissaire dune serte de « Cartes
ches» lancées
Das
entre Pompidou-Metz (Moselle) directeur du musee dArt et dHis-
artiste Maurzio Cattelan, la direc- Tice du Centre Pompidou-Metz desis
le dAr
nouveau de Genève (MAH), Marc-
Olivier Wahler. Melant les met en scene dans un décor de ou la salle de bains, Ietit
Anne t trente de Francis Bacon, les collages de
e Parce
Scène d.
artistes A es de eoema eht pia bard du xvi siècle. Head V1 (1949) La Pec
ilière Comme la cuisine Giuseppe Arcimboldo, Le Printemps,
urs
celles du peintre lom- sition
reterence à la
Konrad Culeuse d volet
Sur toile, mus
au caa COnser Tetable de aahre Smoke On the Water du
s. RMN-Grat , Louvre)/Jean Gilles Berizai
Louvre,
(masee
Arcimbold Anders (R llmans cotot 6) de Wole les plus Tenommees de Ciuse
Broupe de roek Deep Purple. Dans une volonte de diffuser Srand nomb.. ppelle à réa
Ceu
reimboldo, c
a1s0ns, pris
hsemble m ausée ien sont hédrale de Milan, des dessins
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ingulier
I’His , musén 1206 Genève, Suisse,
Jvier
ue Charles-Galland,
Pompido 21,Centre Droits-de-T’Homme, 57000 Mez, centrepompidou-metz.fr
itul TINE
ville-geneve.ch uAILDA
Wue de l’exposition « Marcher sur F’ean- musée dArt et d de Genève. o MAE, phot.
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